Le Conseil supérieur de l'agriculture (CSA) réuni le 9 juin à Koulouba a décidé de maintenir le prix subventionné du kilogramme de coton graine à 300 F CFA, ainsi que celui du sac d'engrais à 15 000 F CFA. Cette décision intervient dans un contexte de flambée des cours mondiaux du coton et de tensions diplomatiques au sein de la CEDEAO, après le retrait de l'Alliance des États du Sahel. Elle révèle la volonté de Bamako de protéger ses producteurs tout en affirmant sa souveraineté alimentaire.

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Le maintien du prix du coton à 300 F CFA/kg peut surprendre au vu de la tendance haussière des cours mondiaux. Selon un article du Monde daté du 23 mai 2026, la flambée du prix du pétrole liée au conflit au Moyen-Orient entraîne celle du coton, les deux matières premières étant liées par la spéculation. Dans ce contexte, un prix subventionné fixe prive les producteurs maliens d'une partie des gains potentiels mais les protège d'une éventuelle chute des cours. Le gouvernement mise sur la stabilité pour sécuriser les revenus des agriculteurs, plutôt que sur une indexation aux marchés internationaux, volatils et difficiles d'accès pour les petits producteurs.

Cette décision s'inscrit dans un climat régional marqué par les fermetures de frontières et les tensions diplomatiques. En janvier 2026, les pays de l'Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger) ont annoncé leur retrait de la CEDEAO, compliquant les échanges commerciaux. La filière coton, fortement exportatrice, subit ces perturbations : les intrants (engrais) et les débouchés (usines de textile, ports) sont souvent situés dans les pays côtiers comme le Bénin ou la Côte d'Ivoire. En maintenant les subventions, le Mali tente d'atténuer l'impact de ces barrières sur les coûts de production.

Le CSA a également annoncé d'autres mesures de soutien : affectation de 10 % des graines de coton aux huileries pour l'alimentation du bétail, détaxation des aliments avicoles et piscicoles, criminalisation du vol de bétail, et achat institutionnel de 26 030 tonnes de riz aux producteurs. Ces décisions dessinent une stratégie cohérente de renforcement de la souveraineté alimentaire, en liant les filières végétale et animale, et en stimulant la demande intérieure. Le ministre de l'Agriculture a également évoqué la récupération de terres à Samanko et la subvention de tracteurs, visant à mécaniser une agriculture encore largement manuelle.

Le bilan de la campagne précédente, présenté lors du Conseil, affiche des chiffres solides : plus de 11 millions de tonnes de céréales et 400 000 tonnes de coton, ainsi que 160 000 tonnes de viande contrôlée et 122 000 tonnes de poisson. Ces performances, dans un contexte sécuritaire et climatique difficile, témoignent d'une résilience indéniable. Cependant, elles ne doivent pas masquer les fragilités structurelles : dépendance aux engrais importés, faible transformation locale, accès limité au crédit. Les tensions régionales pourraient exacerber ces fragilités si les corridors commerciaux restent entravés.

En maintenant ses subventions agricoles malgré un environnement régional instable et des cours mondiaux attractifs, le Mali fait le pari de la stabilité à court terme pour préserver sa base productive. Cette approche interroge sur la capacité des États sahéliens à concilier souveraineté et intégration régionale, alors que les chaînes de valeur du coton et des céréales restent profondément interconnectées en Afrique de l'Ouest. L'évolution des négociations entre l'AES et la CEDEAO sera déterminante pour l'avenir de ces filières.