Ce 18 juillet 2026, la 5ᵉ édition de la Caravane Ouest-Africaine pour le droit à la terre, à l’eau et aux semences paysannes a été lancée à Coyah, en Guinée. Organisée par le Conseil National des Organisations de la Société Civile Guinéenne (CNOSCG), elle rassemble des délégations de Sierra Leone, du Liberia, du Sénégal, de Gambie et de Guinée-Bissau, avec un itinéraire menant jusqu’au Forum Social Mondial de Cotonou. Cet événement intervient dans un contexte ouest-africain marqué par des tensions croissantes sur l’accès aux ressources naturelles, l’accaparement des terres et la remise en cause des droits paysans.
Société civile guinéenne : la terre, l’eau et les semences au cœur du combat
Coyah · 18 juillet 2026 — 5 pays ouest-africains mobilisés jusqu’au Forum Social Mondial de Cotonou
« La terre, l’eau et les semences paysannes ne sont pas des marchandises, mais le patrimoine commun de nos peuples. »
— Président du CNOSCG, lancement de la caravane à Coyah
L’inflation modérée (3,1%) contraste avec les tensions structurelles sur les ressources et le modèle extractif.
Le choix de Coyah, commune périurbaine de Conakry, comme point de départ n’est pas anodin. Cette localité, située dans une zone de forte pression foncière liée à l’expansion urbaine et aux projets miniers, illustre les contradictions du modèle de développement guinéen. Le président du CNOSCG a rappelé que « la terre, l’eau et les semences paysannes ne sont pas des marchandises, mais le patrimoine commun de nos peuples ». Cette rhétorique, loin d’être isolée, s’inscrit dans un mouvement plus large de contestation des politiques extractives en Afrique de l’Ouest.
Depuis plusieurs années, la région connaît une multiplication des conflits fonciers, alimentée par des investissements étrangers dans l’agriculture, les mines et les infrastructures. En Guinée, le boom minier (bauxite, or, fer) a exacerbé les tensions entre communautés locales, État et multinationales. La caravane intervient alors que le pays fait face à des critiques sur la gestion des redevances minières et l’absence de bénéfices tangibles pour les populations rurales.
L’initiative citoyenne se déploie également dans un cadre régional plus vaste. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) peinent à harmoniser leurs politiques agricoles et foncières face à la pression démographique et climatique. Les projets d’interconnexion électrique (WAPP) ou de corridors routiers, s’ils facilitent les échanges, accélèrent aussi la transformation des territoires, souvent au détriment des petits exploitants.
Le parcours de la caravane – de Coyah à Faranah, puis vers Cotonou – suit les axes historiques de circulation des peuples et des marchandises. Mais il symbolise aussi la volonté de relier les luttes locales à une plateforme internationale, le Forum Social Mondial. Cette stratégie d’alliance entre société civile ouest-africaine et mouvements globaux rappelle les précédentes campagnes pour la souveraineté alimentaire, comme celle menée par Via Campesina.
Au-delà de la revendication immédiate, cette caravane révèle une aspiration plus profonde à repenser le rapport entre développement et droits des communautés. Les termes employés – « patrimoine commun », « générations futures » – évoquent une notion de bien commun qui entre en tension avec les logiques de marché et de privatisation encouragées par certaines réformes foncières dans la région.
Il serait réducteur de voir dans cet événement une simple opposition à l’investissement étranger. La société civile guinéenne, par cette action, cherche plutôt à rappeler que les politiques publiques doivent intégrer les préoccupations des populations locales. Le contexte politico-économique guinéen, marqué par une transition politique fragile et une dépendance aux matières premières, rend ce plaidoyer d’autant plus pertinent.
La Caravane Ouest-Africaine pour le droit à la terre, à l’eau et aux semences paysannes dépasse donc le cadre d’une simple mobilisation citoyenne. Elle incarne une tentative de rééquilibrage entre les impératifs de croissance économique et la préservation des droits des communautés rurales. Alors que les réformes foncières et les projets extractifs se multiplient en Afrique de l’Ouest, cette initiative pose une question de fond : comment concilier attractivité des investissements et justice sociale ? Les réponses apportées dans les prochains mois – à Coyah, à Faranah ou à Cotonou – pourraient influencer durablement le débat régional sur le développement.