Le groupe sucrier Somdia, filiale du français Sucden, vient d'annoncer un investissement de 100 milliards de francs CFA dans la filière sucre en Côte d'Ivoire. Cette décision intervient quelques semaines après son retrait annoncé de la Sosucam, la plus grande sucrerie du Cameroun. Ce mouvement révèle une recomposition des chaînes de valeur agricoles dans la zone UEMOA, où la Côte d'Ivoire cherche à réduire sa dépendance aux importations.

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Un retrait du Cameroun, un recentrage sur la Côte d'Ivoire

L'investissement de Somdia en Côte d'Ivoire s'inscrit dans une stratégie de redéploiement régional. En mai 2026, le groupe avait officialisé son désengagement de la Sosucam, la Société sucrière du Cameroun, où il détenait une participation majoritaire. Les raisons avancées alors étaient liées aux difficultés d'approvisionnement en canne et à un cadre réglementaire jugé instable. Aujourd'hui, Somdia choisit la Côte d'Ivoire, un pays perçu comme plus prévisible sur le plan des affaires et offrant un potentiel de croissance de la production.

Un marché ivoirien encore déficitaire

La Côte d'Ivoire consomme environ 250 000 tonnes de sucre par an, mais n'en produit que 150 000 tonnes. Le gap est comblé par des importations, principalement en provenance du Brésil et de l'Inde. Le gouvernement ivoirien a fait de l'autosuffisance sucrière une priorité, avec un objectif de 300 000 tonnes à l'horizon 2030. L'investissement de Somdia, qui devrait permettre d'ajouter au moins 100 000 tonnes de capacité, s'inscrit donc dans cette feuille de route.

Les détails de l'investissement

Selon les premières informations, les 100 milliards FCFA seront dédiés à l'extension de la sucrerie de Borotou-Koro, dans le nord-ouest du pays, ainsi qu'à la création de nouvelles plantations de canne sur 10 000 hectares. Le projet prévoit également la construction d'une unité de cogénération à partir de la bagasse, renforçant l'indépendance énergétique de l'usine. Ce volet pourrait bénéficier des mécanismes de financement carbone, une tendance croissante dans l'agro-industrie africaine.

Un signal pour l'agro-industrie régionale

Cet engagement massif dans le sucre intervient dans un contexte où plusieurs pays ouest-africains tentent d'attirer les investissements dans la transformation locale. La Côte d'Ivoire, déjà leader dans le cacao et le caoutchouc, consolide ainsi sa position de hub agro-industriel de l'UEMOA. Pour Somdia, le choix ivoirien offre aussi une base pour exporter vers les pays sahéliens enclavés (Mali, Burkina Faso, Niger), où la demande est forte et les prix plus élevés.

Par ailleurs, ce mouvement intervient alors que d'autres États de la région, comme le Burkina Faso, créent des fonds souverains miniers pour contrôler leurs ressources. Dans l'agriculture, en revanche, les capitaux étrangers restent bienvenus, ce qui explique l'afflux de groupes comme Somdia. La complémentarité entre les stratégies nationales de souveraineté alimentaire et les intérêts des multinationales semble se renforcer.

Vers une restructuration de la filière sucre ouest-africaine

Au-delà du cas ivoirien, l'annonce de Somdia pourrait accélérer une recomposition régionale. Au Cameroun, le départ de l'opérateur français laisse un vide que des acteurs locaux ou d'autres groupes internationaux pourraient combler. Mais il souligne aussi la concurrence entre pays pour attirer les investisseurs. La Côte d'Ivoire mise sur sa stabilité politique et son tissu industriel ; le Cameroun devra réformer son climat des affaires pour retenir les capitaux.

Enfin, cet investissement illustre une tendance de fond : le retour des majors sucriers en Afrique de l'Ouest, porté par la hausse de la demande intérieure et les préférences commerciales régionales (exemption de droits de douane au sein de la CEDEAO). La question est désormais de savoir si les petits producteurs locaux pourront coexister avec ces grands projets, ou s'ils seront marginalisés.

L'investissement de Somdia n'est pas un événement isolé. Il s'inscrit dans une vague de projets agro-industriels qui redessinent les cartes de la production sucrière en Afrique de l'Ouest. Entre souveraineté alimentaire, attractivité des capitaux et concurrence régionale, la Côte d'Ivoire semble avoir pris une longueur d'avance, mais le chemin vers l'autosuffisance reste semé d'embûches, notamment en matière de coûts de production et d'accès au foncier.