Le 10 juillet, le groupe agro-industriel SOMDIA a annoncé un programme d’investissement de 100 milliards FCFA sur cinq ans, en partenariat avec l’État ivoirien, pour accroître la production sucrière, consolider la filière alcool et lancer un projet structurant dans le maïs. Cette annonce intervient alors qu’au Sénégal, la CSS annonçait en mai un stock de 80 000 tonnes de sucre pour stabiliser le marché à l’approche du ramadan, illustrant les tensions saisonnières sur une filière régionale encore fragile. Le choix de SOMDIA de diversifier ses activités au-delà du sucre révèle une stratégie de long terme face aux aléas des marchés mondiaux et aux enjeux de souveraineté alimentaire en Afrique de l’Ouest.

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Un contrat-plan pour structurer l’agro-industrie ivoirienne

Le nouveau contrat-plan entre SOMDIA et le gouvernement ivoirien prévoit un investissement de 100 milliards FCFA (173,8 millions $) sur cinq ans via sa filiale SUCAF-CI. Selon le ministre de l’Agriculture, Bruno Koné, l’objectif est triple : accroître la production sucrière nationale, consolider la filière alcool et impulser un projet structurant dans la filière maïs. Les détails techniques et le calendrier restent à préciser, mais cette annonce marque un engagement formel du groupe, historiquement concentré sur le sucre, à élargir son empreinte agro-industrielle en Côte d’Ivoire.

Une ambition maïs ravivée après des années de latence

L’intérêt de SOMDIA pour le maïs n’est pas nouveau. En 2019, SUCAF-CI avait déjà évoqué la création d’une Compagnie fermière ivoirienne (CFI) pour développer une production industrielle de maïs. Plus récemment, en 2024, dans le cadre de son programme « Cap 2027 », le groupe avait annoncé un projet d’unité de transformation d’une capacité de 15 000 tonnes par an. Ce projet, selon des informations relayées par le média français Classe export, avait été retardé par la pandémie de Covid-19. La relance de cette ambition à travers le contrat-plan suggère que les conditions – tant politiques qu’économiques – sont désormais jugées plus favorables.

Contexte régional : entre pressions saisonnières et recomposition des chaînes de valeur

La séquence coïncide avec une période de tension sur le marché du sucre en Afrique de l’Ouest. Au Sénégal, la CSS a annoncé en mai 2026 un stock de 80 000 tonnes pour faire face à la demande du ramadan, signe que les approvisionnements restent sous pression saisonnière. Par ailleurs, la 68e session du Conseil de l’Organisation internationale du sucre (OIS), tenue au Kenya fin mai, a réuni les acteurs mondiaux autour des enjeux de production et de commerce. Ces signaux, combinés à la volatilité des cours mondiaux, incitent les grands groupes à diversifier leurs activités pour réduire leur exposition au seul sucre.

Le maïs : un enjeu de souveraineté alimentaire et de transformation locale

L’accent mis sur le maïs n’est pas anodin. En Côte d’Ivoire, et plus largement en UEMOA, le maïs est une culture stratégique pour l’alimentation humaine et animale. Le pays importe encore des volumes significatifs de maïs pour l’industrie de l’alimentation animale et la transformation agroalimentaire. Un projet de grande envergure visant à produire et transformer localement pourrait réduire cette dépendance tout en créant des débouchés pour les agriculteurs. SOMDIA dispose déjà d’une expérience dans la transformation industrielle du maïs au Cameroun, ce qui constitue un atout technique non négligeable.

Financement et cadre : un partenariat public-privé structurant

L’investissement de 100 milliards FCFA s’inscrit dans un cadre de contrat-plan, mécanisme de partenariat entre l’État et les entreprises pour aligner les objectifs industriels sur les priorités nationales. Ce type d’accord, courant en Côte d’Ivoire dans le secteur agricole, permet de sécuriser sur le long terme les conditions d’exploitation (accès au foncier, infrastructures, fiscalité). Pour SOMDIA, c’est aussi un signal fort adressé à ses actionnaires et partenaires financiers sur la solidité de son ancrage local.

Diversification agro-industrielle : une tendance de fond en Afrique de l’Ouest

Au-delà du cas ivoirien, la stratégie de SOMDIA s’inscrit dans une vague de diversification des grands groupes agro-industriels ouest-africains. Face à la croissance démographique, à l’urbanisation rapide et aux chocs d’approvisionnement (Covid-19, guerre en Ukraine), les entreprises cherchent à élargir leurs chaînes de valeur pour capter la demande intérieure et réduire leur vulnérabilité. Au Nigeria, au Ghana ou au Sénégal, des initiatives similaires de transformation du manioc, du riz ou du maïs voient le jour. SOMDIA, en misant sur le maïs, pourrait bénéficier de l’essor des marchés régionaux grâce à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Défis et incertitudes

Reste à savoir si ce plan ambitieux pourra être mené à bien. Les précédents projets maïs de SOMDIA ont été retardés, ce qui interroge sur la capacité du groupe à mobiliser rapidement les ressources humaines et techniques nécessaires. Par ailleurs, la production de maïs en Afrique de l’Ouest est confrontée à des défis structurels : accès aux intrants, mécanisation, aléas climatiques. Enfin, la concurrence des importations de maïs brésilien ou ukrainien, selon les configurations des marchés mondiaux, pourrait peser sur la rentabilité du projet. Le succès dépendra en partie de l’accompagnement de l’État ivoirien et de la mise en place de filières intégrées.

Ce pari de SOMDIA sur le maïs, parallèlement au renforcement de ses activités historiques (sucre, alcool), illustre les mutations en cours dans le paysage agro-industriel ouest-africain. La transformation locale cherche à réduire la dépendance aux importations tout en créant des emplois et des revenus. Reste à savoir si les conditions de mise en œuvre – financement, infrastructures, formation – seront au rendez-vous pour concrétiser une ambition qui, si elle aboutit, pourrait servir de modèle pour d’autres filières dans la région.