Alors que le Cameroun exporte chaque année des milliards de FCFA de sucre dans la sous-région, ses importations en 2025 ont atteint 48,9 milliards de FCFA, creusant le déficit de la balance des paiements. Ce paradoxe, révélé par des journalistes locaux, met en lumière les contradictions des politiques de substitution aux importations menées dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest, dont le Sénégal. Au-delà du sucre, c'est tout un modèle de développement industriel et agricole qui est questionné.

Les politiques de substitution aux importations, héritées des années 1970-1980, ont montré leurs limites face à la libéralisation commerciale et à l'intégration régionale. Les gouvernements sont pris entre la nécessité de protéger les producteurs locaux et celle de répondre à une demande urbaine croissante, souvent plus attirée par les produits importés moins chers. Le cas du sucre camerounais révèle ainsi une faille structurelle : sans une réforme profonde des mécanismes de régulation, des investissements dans la productivité et une coordination régionale, la substitution aux importations restera un objectif rhétorique.

Alors que la CEDEAO et l'UEMOA promeuvent l'agriculture et l'industrie locales, l'exemple du sucre camerounais montre que la réalité est plus complexe. La récente hausse des taxes douanières au Tchad, qui a détourné des flux vers le Cameroun, rappelle que les politiques commerciales nationales peuvent perturber les équilibres régionaux. Quelle cohérence peut-on attendre d'une stratégie de substitution aux importations dans un espace où les frontières restent poreuses et les intérêts divergents ? L'avenir de la sécurité alimentaire et de l'industrialisation en Afrique de l'Ouest passe peut-être moins par des mesures protectionnistes que par une meilleure intégration des chaînes de valeur régionales.