La Confédération générale des entreprises de Côte d'Ivoire (CGECI) a lancé, le 6 juin 2026, la première édition de la Foire économique au féminin, avec une ambition claire : faire des entreprises dirigées par des femmes un moteur essentiel de la croissance nationale. Cette initiative s'inscrit dans un contexte régional où la microfinance a déjà touché 20 millions de personnes dans l'UEMOA, mais peinent à les faire passer au stade de PME structurées. Le discours de la CGECI révèle une prise de conscience : les obstacles rencontrés par les femmes entrepreneur – accès aux marchés, digitalisation, normes internationales – sont ceux de toute l'économie ivoirienne.

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Une ambition stratégique portée par le patronat

Intervenant au nom de la CGECI, Aïssatou Cissé Sèye, présidente de la Commission promotion de l'entrepreneuriat national, a dressé un diagnostic sans concession : les femmes jouent déjà un rôle majeur dans l'agriculture, l'agro-industrie, les services et le numérique, mais leur potentiel reste sous-exploité. « Les femmes entrepreneures font face à plusieurs défis, notamment l'accès aux marchés structurés, la digitalisation de leurs activités et la maîtrise des standards internationaux de compétitivité », a-t-elle souligné. Pour elle, ces difficultés ne sont pas propres aux femmes : « Ces défis ne concernent pas uniquement les femmes. Ils concernent l'ensemble de notre économie. » Ce constat lie directement l'entrepreneuriat féminin à la compétitivité nationale.

Ce recentrage sur la conversion des micro-entreprises en PME intervient dans un climat d'expansion du microcrédit en Afrique de l'Ouest. Fin 2025, plus de 20 millions de citoyens de l'UEMOA avaient eu accès à des services de microfinance, selon un rapport relayé par maliactu.net. Mais l'effet de masse n'a pas encore produit son plein potentiel : beaucoup de bénéficiaires restent dans l'informel ou plafonnent à un stade de très petite taille. L'initiative de la CGECI répond donc à un besoin de « graduation » : aider les micro-entreprises à franchir un palier vers la formalisation et la croissance.

Un écho régional

La Côte d'Ivoire n'est pas isolée. Au Sénégal, la Délégation générale à l'Entreprenariat rapide des femmes et des jeunes (DER/FJ) a signé fin mai 2026 un partenariat avec l'Agence sénégalaise d'électrification rurale (ASER) pour faire de l'énergie un levier d'activités féminines. Ce type d'approche sectorielle se multiplie, mais l'ambition ivoirienne se distingue par son caractère global : la CGECI ne cible pas un seul secteur, mais entend structurer un écosystème entier. En même temps, la Conférence des chefs des offices nationaux de propriété intellectuelle de l'OAPI, qui se tenait à Abidjan les 4 et 5 juin 2026, montre que le pays veut aussi outiller les entreprises pour protéger leurs innovations, un enjeu crucial pour les femmes qui développent des produits transformés.

Les freins identifiés par la CGECI – marchés structurés, digitalisation, standards internationaux – ne sont pas spécifiques au genre, mais ils frappent plus durement les femmes, souvent moins connectées aux réseaux d'affaires traditionnels. La Foire économique au féminin se veut une réponse concrète : elle offre un espace de mise en relation, des ateliers sur la transformation numérique et des informations sur les financements. L'objectif est de créer un effet de démonstration pour attirer d'autres acteurs.

Au-delà des discours, des défis systémiques

Pour que les micro-entreprises féminines deviennent de véritables PME, il faudra lever plusieurs verrous : l'accès au crédit bancaire classique, la formation à la gestion, la propriété foncière (souvent un obstacle pour les femmes). La CGECI ne peut pas agir seule ; elle compte sur une synergie avec l'État et les partenaires techniques. La branche secteur privé de l'Agence française de développement (AFD) a d'ailleurs annoncé, en mai 2026, près de 197 milliards FCFA pour soutenir l'agriculture dans une trentaine d'États africains, dont la Côte d'Ivoire. Ces financements pourraient bénéficier à des coopératives féminines dans l'agro-industrie.

La question sous-jacente est celle de la croissance inclusive : dans un pays où le PIB progresse mais où les inégalités persistent, intégrer les femmes dans les circuits économiques formels peut élargir la base productive. Le patronat ivoirien semble avoir compris que l'avenir de la compétitivité passe par la mobilisation de tous les talents.

L'initiative de la CGECI s'inscrit dans une tendance plus large : partout en Afrique de l'Ouest, les acteurs économiques réalisent que le secteur informel et les micro-entreprises féminines recèlent un potentiel de croissance colossal, à condition de les structurer. La Foire économique au féminin pourrait être un laboratoire de ce passage à l'échelle. Reste à voir si les mesures d'accompagnement suivront suffisamment pour transformer l'essai.