À trois jours d'intervalle, deux opérations illustrent les canaux empruntés par le financement du développement en Afrique de l'Ouest. Le 17 juin, British International Investment (BII) a accordé 30 millions d'euros à NSIA Banque CI pour soutenir les PME et l'entrepreneuriat féminin. Le 19 juin, l'État sénégalais a levé 107,12 milliards de FCFA sur le marché financier régional de l'UEMOA. Derrière ces chiffres se dessinent des choix structurels pour combler les besoins d'investissement, dans une zone où la dette publique et les capacités locales sont sous tension.

Infographie — Économie · Côte d'Ivoire

Un partenariat privé pour un impact ciblé

L'accord signé entre NSIA Banque Côte d'Ivoire et British International Investment (BII) le 17 juin 2026 n'est pas un simple prêt. Avec 30 millions d'euros (34,2 millions de dollars) dédiés au financement des PME, dont 30 % réservés à l'entrepreneuriat féminin, ce partenariat répond à une double urgence : l'accès au crédit pour les petites entreprises et l'inclusion économique des femmes. En présence de l'ambassadeur britannique John Marshall, le directeur général de NSIA Banque CI, Léonce Yacé, a rappelé que ces fonds seront orientés vers l'éducation, la santé et le logement, alignés sur le Plan national de développement 2026-2030. BII, institution de financement du développement du Royaume-Uni, mise ainsi sur un intermédiaire local pour atteindre des secteurs souvent jugés trop risqués par les banques commerciales.

Le Sénégal mobilise le marché régional

De son côté, le Sénégal a testé l'appétit des investisseurs de l'UEMOA. Le 19 juin, son Trésor a émis pour 107,12 milliards de FCFA de titres, dont l'essentiel (87,58 milliards) sur des obligations à trois ans, assorties d'un taux fixe de 6,30 %. Le taux de couverture de 148,78 % montre une demande soutenue, même si 41,65 milliards de soumissions ont été rejetés. Les investisseurs togolais ont été les plus actifs sur la tranche trois ans, avec 62,5 milliards retenus. En revanche, les obligations à cinq ans n'ont suscité aucun achat, malgré des offres. Ce déséquilibre révèle une préférence marquée pour les maturités courtes, probablement liée à l'incertitude sur l'évolution des taux dans la zone. Les rendements moyens pondérés, de 7,75 % à un an à 7,99 % à trois ans, restent attractifs dans un environnement régional où l'inflation demeure modérée mais où la liquidité bancaire est abondante.

Deux stratégies, un même objectif

Ces deux opérations illustrent des approches différentes mais complémentaires. L'accord NSIA-BII mobilise un financement concessionnel international, ciblant des secteurs à fort impact social et économique, avec une exigence de suivi et d'évaluation. La levée sénégalaise utilise l'instrument obligataire régional, qui offre une flexibilité d'émission et une rapidité d'exécution, mais à des coûts plus élevés (près de 8 % en moyenne). Le Sénégal, comme d'autres États de l'UEMOA, s'appuie de plus en plus sur le marché financier régional pour couvrir ses besoins de trésorerie et d'investissement. Selon le rapport Umoa-Titres, le montant total des émissions sur le marché primaire a augmenté de 12 % en 2025 par rapport à 2024. Cette dynamique confirme l'approfondissement du marché, même si elle accroît le stock de dette souveraine.

Ces deux voies ne sont pas exclusives. Elles répondent à des besoins différents : le secteur privé, surtout les PME, reste dépendant des financements bancaires et des partenariats internationaux, faute d'un accès direct au marché obligataire. Les États, eux, peuvent tirer parti de la liquidité régionale, mais doivent composer avec des maturités courtes et des taux qui reflètent le risque souverain. Dans ce contexte, le rôle des institutions de développement comme BII est crucial pour catalyser des investissements que le marché local ne peut pas encore porter.

Ces deux opérations, bien que modestes à l'échelle des besoins, montrent une maturation des instruments de financement en Afrique de l'Ouest. Le marché régional gagne en profondeur, tandis que les partenariats bilatéraux ciblent des secteurs clés. Mais la question de la soutenabilité de la dette, notamment pour les États qui empruntent à des taux élevés, reste ouverte. La capacité de la région à combiner ces leviers sans creuser les vulnérabilités financières sera un test pour les années à venir.