Depuis mai 2026, le président béninois Romuald Wadagni mène une offensive diplomatique sans précédent dans les huit États membres de l'UEMOA. Sa tournée, qui s'achève le 9 juin à Dakar, Bamako et Bissau, intervient dans un contexte de fractures politiques au sein de la CEDEAO et de tensions macroéconomiques croissantes. Elle illustre le paradoxe d'une zone monétaire unifiée mais politiquement éclatée.

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Une tournée exhaustive pour resserrer les liens régionaux

Depuis le 24 mai 2026, Romuald Wadagni a rencontré les dirigeants du Nigeria, du Niger, du Burkina Faso, du Togo, de la Côte d'Ivoire, puis du Sénégal, du Mali et de la Guinée-Bissau en l'espace de deux semaines. Cette cadence inédite témoigne d'une volonté de renforcer la coopération économique et sécuritaire au sein de l'Union économique et monétaire ouest-africaine. Le chef de l'État béninois cible des capitales aux profils variés : Sénégal, poids lourd économique ; Mali, membre de l'Alliance des États du Sahel (AES) en rupture avec la CEDEAO ; Guinée-Bissau, État fragile en quête de stabilité.

Le paradoxe de l'UEMOA : intégration monétaire, désintégration politique

Si le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont officiellement quitté la CEDEAO en janvier 2025, ils restent membres de l'UEMOA et continuent d'utiliser le franc CFA. Cette situation crée un paradoxe : ces pays partagent une monnaie, une banque centrale et des politiques économiques communes avec leurs voisins, tout en étant en rupture avec l'organisation régionale plus large. La tournée de Wadagni semble viser à maintenir une unité économique de facto, alors que les fractures politiques se creusent. En se rendant à Bamako après Niamey et Ouagadougou, il cherche à préserver des canaux de dialogue directs, alors que les relations entre l'AES et la CEDEAO restent tendues.

Des enjeux macroéconomiques sous-jacents

Au-delà des déclarations protocolaires, cette initiative intervient dans un contexte où l'UEMOA fait face à des défis macroéconomiques majeurs. Selon des analyses de mai 2026, le service de la dette publique absorbe une part croissante des recettes budgétaires dans plusieurs États membres. Parallèlement, l'inclusion financière, pourtant clef du développement régional, connaît des retards dans l'opérationnalisation de ses outils. Ces fragilités économiques, combinées aux tensions géopolitiques, pèsent sur la confiance des investisseurs et sur la capacité de l'Union à maintenir sa cohésion.

Une diplomatie économique aux multiples lectures

La tournée de Wadagni peut être interprétée comme une tentative de repositionnement du Bénin comme pivot diplomatique régional, mais aussi comme une réponse à la fragmentation des cadres de coopération. En maintenant des liens bilatéraux avec tous les membres de l'UEMOA, le président béninois cherche à éviter que les divergences politiques ne se traduisent par une désintégration économique. Cette stratégie n'est pas sans risques : elle expose le Bénin à des accusations de double jeu entre la CEDEAO et l'AES, tout en le plaçant au cœur des contradictions de l'intégration régionale.

Les prochaines étapes de l'intégration régionale

Cette tournée pose la question de l'avenir de l'UEMOA dans un contexte de recomposition politique. Alors que la CEDEAO peinait à gérer la crise sécuritaire sahélienne, l'émergence de l'AES a profondément modifié l'équilibre régional. L'UEMOA, par son socle monétaire commun, reste l'un des derniers cadres d'intégration inclusive. Mais les tensions actuelles pourraient accélérer les réflexions sur une réforme du franc CFA ou sur une nouvelle architecture régionale. La capacité des dirigeants à concilier unité monétaire et souveraineté politique déterminera l'évolution de l'Afrique de l'Ouest dans les années à venir.

Alors que les visites de Wadagni s'achèvent, la question demeure : l'UEMOA peut-elle rester un îlot de stabilité monétaire dans un océan de tensions politiques ? Les prochains mois montreront si cette diplomatie de couloirs suffira à préserver l'héritage commun d'une union monétaire fragilisée par l'histoire et les souverainetés concurrentes.