Le nouveau président béninois Romuald Wadagni a entamé une tournée régionale qui le conduit à Niamey et Ouagadougou les 2 et 3 juin 2026, avant de poursuivre vers Lomé, Abidjan et Accra. Cette série de visites éclair intervient dans un climat de fortes tensions diplomatiques consécutives au retrait de l’Alliance des États du Sahel (AES) de la CEDEAO en janvier 2025, et après des attaques meurtrières dans le nord du Bénin fin mai. Ce déplacement inédit traduit la volonté de Cotonou de renouer le dialogue avec ses voisins sahéliens et de relancer une coopération économique et sécuritaire mise à mal par les divergences politiques.
Romuald Wadagni renoue avec les capitales sahéliennes
Une tournée éclair pour briser l'isolement diplomatique après la rupture de 2025.
Retrait de l’AES de la CEDEAO
Les pays sahéliens quittent l’organisation régionale, créant une fracture diplomatique et commerciale.
Attaques jihadistes dans le nord du Bénin
Des positions de l’armée béninoise sont visées, accentuant l’urgence sécuritaire.
Tournée de Romuald Wadagni
Niamey, Ouagadougou, puis Lomé, Abidjan et Accra. Premier déplacement d’un chef d’État CEDEAO dans l’AES depuis la rupture.
Coopération régionale fluide
Frontières ouvertes, échanges commerciaux dynamiques via le port de Cotonou, coordination sécuritaire au sein de la CEDEAO.
Rupture et réconciliation
Fermeture des frontières, tensions diplomatiques, mais volonté de rétablir des liens bilatéraux pragmatiques.
📍 Itinéraire de la tournée
⚡ 5 capitales en 2 jours — un rythme inédit pour un chef d’État béninois.
Sécurité
Coordination antijihadiste après les attaques de mai 2026.
Commerce
Port de Cotonou : porte d’entrée vitale pour le Niger.
Diplomatie
Premier déplacement CEDEAO dans l’AES depuis 2025.
La tournée de Wadagni vise à désamorcer les tensions et à relancer la coopération.
Une initiative diplomatique audacieuse
Romuald Wadagni, investi le 24 mai 2026, fait de la réconciliation régionale l’une de ses premières priorités. En se rendant à Niamey et Ouagadougou, il devient le premier chef d’État de la CEDEAO à se déplacer dans des capitales de l’AES depuis la rupture de janvier 2025. Ce geste fort envoie un signal : le Bénin cherche à dépasser les clivages institutionnels pour privilégier des relations bilatérales pragmatiques. Les attaques du 25-26 mai contre des positions de l’armée béninoise, attribuées à des groupes jihadistes opérant depuis la région sahélienne, donnent une urgence particulière à cette quête de coopération sécuritaire.
Des enjeux économiques sous-jacents
Au-delà de la sécurité, les discussions devraient porter sur les échanges commerciaux, fortement perturbés par les fermetures de frontières imposées par la CEDEAO après le retrait des pays de l’AES. Le Bénin, dont le port de Cotonou est une porte d’entrée majeure pour le Niger et le Burkina Faso, a vu son activité portuaire chuter de près de 30 % depuis 2025, selon les estimations des transitaires locaux. Une normalisation des relations permettrait de relancer ce flux vital pour l’économie béninoise, mais aussi pour les pays sahéliens privés d’accès maritime. Wadagni, ancien ministre de l’Économie, connaît bien ces enjeux et pourrait proposer des mécanismes de facilitation douanière.
Le facteur AES et la recomposition régionale
Cette tournée s’inscrit dans un paysage régional profondément remodelé. Le départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO a créé une nouvelle dynamique, où les alliances se recomposent autour de l’AES. Les pays côtiers comme le Bénin, le Togo et la Côte d’Ivoire cherchent à maintenir des ponts, tout en restant membres de la CEDEAO. Wadagni mise sur le dialogue direct pour éviter une fracturation économique définitive. Sa visite au Togo, après les capitales sahéliennes, suggère la recherche d’un front commun des États côtiers pour gérer la transition avec leurs voisins du Sahel.
Un test pour la nouvelle administration
Pour le président béninois, ce périple est aussi un test de sa crédibilité diplomatique. Élu sur un programme de redressement économique et de sécurité, il doit montrer des résultats concrets rapidement. La réussite de cette tournée dépendra de sa capacité à obtenir des engagements tangibles, notamment sur la réouverture des frontières ou la coordination antiterroriste. Les attentes sont élevées tant à Cotonou que dans les capitales sahéliennes, où l’on observe avec attention les signes de bonne volonté de la part de la CEDEAO.
Des précédents encourageants ?
Historiquement, le Bénin a toujours joué un rôle de médiateur dans la sous-région. Sous le président Patrice Talon, Cotonou avait tenté des rapprochements, mais sans succès durable. Aujourd’hui, l’arrivée d’un nouveau dirigeant, perçu comme moins marqué par les tensions passées, pourrait offrir une fenêtre d’opportunité. Cependant, les positions des régimes militaires sahéliens restent fermes sur la souveraineté et la lutte contre le terrorisme, ce qui limite les marges de manœuvre.
Un pari risqué mais nécessaire
Le contexte est également marqué par des défis monétaires, avec les interrogations persistantes sur l’avenir du franc CFA dans l’UEMOA. La BCEAO, dont le siège est à Dakar, suit de près ces évolutions politiques, car une fragmentation régionale aurait des conséquences sur la stabilité financière. Wadagni, en renforçant les liens avec les pays de l’AES, pourrait indirectement contribuer à apaiser les inquiétudes des marchés, même si le chemin reste long.
Une dynamique à suivre
Cette première tournée de Romuald Wadagni n’est qu’un début. Elle sera suivie de visites à Lomé, Abidjan et Accra, où les enjeux sont différents : la Côte d’Ivoire et le Ghana sont des partenaires économiques majeurs, mais aussi des concurrents portuaires. Le nouveau président béninois devra équilibrer ses relations avec l’ensemble de la région, tout en préservant les intérêts nationaux. L’issue de ces pourparlers donnera le ton de sa présidence.
En cherchant à rétablir le dialogue avec les pays de l’AES, Romuald Wadagni s’engage dans une voie étroite, entre nécessité économique et contraintes politiques. Cette tournée révèle les contradictions de l’Afrique de l’Ouest, partagée entre intégration régionale et souveraineté nationale. Si elle réussit, elle pourrait ouvrir la voie à une nouvelle architecture de coopération, moins institutionnalisée mais plus pragmatique. Mais l’équilibre reste fragile, et chaque étape de ce périple sera scrutée par les acteurs régionaux et internationaux.