Le président béninois Romuald Wadagni a achevé le 9 juin 2026 une nouvelle étape de sa tournée diplomatique en Afrique de l’Ouest, visitant Dakar, Bamako et Bissau. Cette initiative intervient dans un contexte où la région peine à surmonter ses fractures politiques et ses handicaps économiques. Elle illustre la volonté de Cotonou de jouer un rôle moteur dans la relance de l’intégration régionale, alors que les besoins d’infrastructures atteignent 118 milliards de dollars et que l’inflation dépasse 15 % dans certains pays.
Tournée Wadagni : le pari de l’intégration
Le président béninois mise sur sa crédibilité pour recoudre le tissu régional, alors que les besoins d’infrastructures atteignent 118 milliards de dollars et que l’inflation dépasse 15 % dans certains pays.
Tournée diplomatique — juin 2026
Renforcement bilatéral et coopération financière avec Bassirou Diomaye Faye
Signal de dialogue avec Assimi Goïta, pays ayant quitté la CEDEAO en 2024
Dernière étape de la tournée ouest-africaine
Fracture régionale : le pari du dialogue
Wadagni se rend à Bamako, capitale d’un pays ayant quitté la CEDEAO, pour recoudre le tissu régional.
« Une diplomatie de proximité pour surmonter les fractures politiques et relancer l’intégration régionale. »
— Romuald Wadagni, président du BéninSources : Banque mondiale, FMI, données vérifiées Cauris. Infographie réalisée le 9 juin 2026.
Une diplomatie de proximité dans un contexte de fragmentation
La tournée de Romuald Wadagni, entamée quelques jours plus tôt dans cinq autres pays, s’est achevée par des escales au Sénégal, au Mali et en Guinée-Bissau. Le choix de ces trois capitales n’est pas anodin. À Dakar, capitale d’un poids lourd de l’UEMOA, les échanges avec le président Bassirou Diomaye Faye ont porté sur le renforcement des relations bilatérales et les perspectives de coopération financière. Mais c’est la visite à Bamako qui retient l’attention : le Mali est l’un des trois pays du Sahel ayant quitté la CEDEAO en 2024, créant une nouvelle ligne de fracture régionale. En se rendant chez le président Assimi Goïta, Wadagni envoie un signal de dialogue, à rebours des tensions diplomatiques qui ont marqué les dernières années.
Le chef de l’État béninois, ancien ministre de l’Économie et figure reconnue de la finance régionale, mise sur sa crédibilité personnelle pour recoudre un tissu régional déchiré. Il n’est pas anodin que cette tournée intervienne quelques semaines après une hausse de la note souveraine du Nigeria par S&P Global Ratings, un signal positif pour toute la région. Le Bénin, qui a lui-même vu ses indicateurs macroéconomiques s’améliorer, cherche à capitaliser sur ce momentum pour relancer les mécanismes de concertation.
Économie et sécurité : les deux piliers d’une intégration en crise
Au-delà des symboles, les entretiens ont abordé des sujets concrets. À Dakar, les discussions ont porté sur la coopération économique et financière, dans un contexte où l’inflation régionale a atteint 15,7 % en avril 2026. Le déficit d’infrastructures, estimé par l’Infrastructure Consortium for Africa à 118 milliards de dollars, paralyse les échanges intra-régionaux. Wadagni, qui a piloté le programme de réformes du Bénin, a plaidé pour une meilleure coordination des politiques budgétaires et une mobilisation accrue du secteur privé.
Le Bénin comme hub régional ?
La position géographique du Bénin, avec son port de Cotonou, en fait un carrefour naturel pour le commerce ouest-africain, y compris vers le Sahel. La visite à Bamako a ainsi mis l’accent sur la relance des échanges commerciaux et culturels, et sur l’organisation d’une nouvelle session de la Grande Commission mixte. Les questions sécuritaires ont également été au cœur des échanges : la menace jihadiste continue de peser sur l’ensemble de la région, et une coordination transfrontalière est indispensable, même en l’absence de cadre institutionnel commun.
Le déplacement à Bissau, plus modeste mais tout aussi stratégique, rappelle que l’intégration régionale ne peut se faire sans la prise en compte des petits États, souvent vulnérables aux crises politiques. En multipliant les rencontres bilatérales, Wadagni cherche à construire des consensus par le bas, avant de les porter au niveau multilatéral. Reste à savoir si cette approche pragmatique pourra surmonter les divergences politiques et les contraintes budgétaires qui entravent la coopération régionale.
La tournée de Romuald Wadagni s’inscrit dans une tendance plus large de diplomatie économique active en Afrique de l’Ouest, où les chefs d’État tentent de reconstruire des ponts après une période de tensions. Cependant, le succès de ces initiatives dépendra de leur capacité à se traduire en projets concrets, notamment dans les domaines des infrastructures et de la sécurité. La région observe avec attention si cette impulsion bilatérale pourra déboucher sur une relance des institutions régionales, fragilisées mais encore indispensables.
Données de référence : Inflation : 1.1% (FMI) · Inflation : 1.1% (FMI)