Entamée au Niger et au Burkina Faso début juin, la tournée du président béninois Romuald Wadagni le mène ce 9 juin au Sénégal, au Mali et en Guinée-Bissau. Cette offensive diplomatique, menée tambour battant, vise à consolider les liens au sein de l'UEMOA, dans un contexte marqué par des défis sécuritaires transfrontaliers et une relance économique post-Covid encore inégale. Elle témoigne d'une volonté d'intégration plus poussée, alors même que le bloc régional cherche à redéfinir ses priorités.

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La diplomatie béninoise s'active sur tous les fronts. Après avoir parcouru le Niger, le Burkina Faso, le Togo et la Côte d'Ivoire, le président Romuald Wadagni poursuit sa séquence de rencontres de haut niveau. Ce mardi, il est attendu à Dakar, puis à Bamako et enfin à Bissau, avec un agenda centré sur le renforcement de la coopération économique et commerciale, la facilitation des échanges humains et la consolidation de la solidarité régionale face aux menaces communes.

Une intégration économique en quête de souffle

Cette tournée s'inscrit dans le cadre de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), dont le Bénin partage la monnaie unique et l'institution monétaire, la BCEAO. Or, depuis plusieurs mois, l'UEMOA cherche à accélérer l'harmonisation des politiques fiscales et douanières, afin de fluidifier le commerce intra-régional. Le port de Lomé, qui a traité plus de 30,6 millions de tonnes de marchandises en 2024, illustre le potentiel logistique de la région, mais aussi les goulets d'étranglement qui subsistent.

En parallèle, les grands projets d'infrastructure énergétique, comme le barrage de Souapati en Guinée, dont le programme de formation d'ingénieurs vient d'être lancé, montrent que l'intégration passe aussi par le partage des compétences et des ressources. Le Bénin, de son côté, mise sur le développement de ses centrales thermiques et renouvelables pour soutenir sa croissance.

La sécurité, fil rouge des discussions

Les questions sécuritaires occupent une place centrale dans les échanges, dans un espace ouest-africain où les menaces djihadistes et les trafics transfrontaliers restent vifs. La visite au Mali, pays en proie à une instabilité chronique, et au Burkina Faso, confronté à des attaques récurrentes, est particulièrement scrutée. Les discussions devraient porter sur la mutualisation des renseignements et des capacités d'intervention, dans le cadre de la CEDEAO, qui a dévoilé en mai un « Pacte d'avenir » en six piliers pour consolider l'intégration et la sécurité.

Cette approche reflète une prise de conscience : aucun pays ne peut faire face seul aux défis transnationaux. Le Bénin, qui partage des frontières avec le Niger et le Burkina, est directement concerné par les débordements sécuritaires du Sahel.

Le rôle de la société civile et des institutions financières

Au-delà des chefs d'État, Wadagni rencontre également des acteurs économiques et institutionnels. La Banque ouest-africaine de développement (BOAD), créée en 1973, joue un rôle clé dans le financement des projets régionaux. Sa présence dans la région facilite la mobilisation de capitaux pour des infrastructures structurantes. Le Bénin entend s'appuyer sur ces leviers pour promouvoir des partenariats public-privé et attirer les investissements.

Une diplomatie tous azimuts

Cette tournée intervient dans un contexte où plusieurs pays de la région ont connu des transitions politiques récentes. Le Bénin, considéré comme un havre de stabilité démocratique, cherche à renforcer sa position de médiateur et de pont entre les différents blocs. Les visites au Togo et en Côte d'Ivoire, plus tôt dans le mois, avaient déjà permis de faire avancer des dossiers bilatéraux, notamment dans le domaine agricole et numérique.

Vers une convergence régionale renforcée ?

Les entretiens de Wadagni pourraient déboucher sur des annonces concrètes en matière de facilitation du commerce, de projets énergétiques communs ou de coopération sécuritaire. Mais au-delà des résultats immédiats, cette séquence diplomatique indique une volonté politique de raviver l'idéal d'intégration, malgré les lenteurs bureaucratiques et les divergences d'intérêts. Elle montre que les capitales ouest-africaines, loin de se replier sur elles-mêmes, cherchent à coordonner leurs réponses face aux chocs globaux – inflation, insécurité, changement climatique.

La région en mouvement

Les échanges entre le Bénin et ses voisins ne se limitent pas aux discours. Ils s'appuient sur des flux commerciaux réels : le coton, le ciment, les produits manufacturés circulent intensément. Le port de Lomé, en tant que hub, en est le symbole. Mais pour que l'intégration soit inclusive, il faut que les bénéfices soient partagés équitablement. La tournée de Wadagni est aussi une occasion de rappeler que la solidarité régionale ne peut être un vain mot.

Alors que l'Afrique de l'Ouest fait face à des vents contraires – fragmentation sécuritaire, tensions géopolitiques, lenteur de l'intégration – la multiplication des visites de haut niveau est un signal encourageant. Elle suggère que les dirigeants de la région, conscients des enjeux, sont prêts à investir du temps politique dans le projet commun. Reste à savoir si ces rencontres déboucheront sur des avancées concrètes, au-delà des communiqués finaux. L'avenir de l'UEMOA et de la CEDEAO se joue en partie dans ces tête-à-tête.