Quelques heures après son investiture, le président Romuald Wadagni a dévoilé un gouvernement marqué par la reconduction de plusieurs ministres du précédent régime. Des postes stratégiques – Tourisme, Santé, Sports, Énergie – restent aux mains d'anciens visages, signe d'une volonté de continuité dans la conduite des réformes économiques. Parallèlement, la présence de délégations des pays de l'Alliance des États du Sahel (AES) à la cérémonie, accueillies par une foule enthousiaste, ouvre une nouvelle ère de coopération régionale après des années de tensions.

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Un gouvernement de continuité

La liste du nouveau gouvernement béninois, rendue publique le 24 mai 2026, confirme le choix de la stabilité. Shegun Adjadi Bakari, ancien ministre des Affaires étrangères, hérite du Tourisme ; Benoît Dato conserve les Sports ; Benjamin Hounkpatin reste à la Santé ; Édouard Dahomey prend l'Énergie. Ces reconduites ne sont pas anodines : elles concernent des secteurs où des réformes étaient engagées, notamment dans la modernisation des infrastructures hospitalières, l'extension du réseau électrique et la professionnalisation du sport. En maintenant ces capitaines à leur poste, Romuald Wadagni envoie un signal clair aux investisseurs et aux partenaires internationaux : la feuille de route économique héritée de son prédécesseur ne sera pas remise en cause.

Cette continuité répond aussi à une nécessité de crédibilité. Le Bénin, classé parmi les économies les plus réformatrices d'Afrique ces dernières années, doit consolider ses acquis – notamment en matière de climat des affaires et de gestion des finances publiques – sans rupture brutale. La présence de Shegun Adjadi Bakari, diplomate expérimenté, au Tourisme illustre d'ailleurs l'ambition de développer un secteur porteur d'emplois et de devises. Toutefois, ce choix de la continuité n'exclut pas des ajustements : le nouveau président bénéficie d'une légitimité électorale fraîche pour corriger ce qui n'a pas fonctionné, en particulier dans la lutte contre la vie chère et le chômage des jeunes.

Le pari du rapprochement régional

Mais le véritable événement diplomatique de cette investiture fut la présence des représentants de l'AES – Niger, Burkina Faso, Mali – saluée par des applaudissements nourris de la foule. Ce moment a marqué la fin d'une période de défiance ouverte entre Cotonou et les régimes sahéliens, notamment depuis la fermeture des frontières et les tensions commerciales. Le Premier ministre nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine a précisé que sa venue était approuvée par l'ensemble de l'AES, séduite par les gestes d'amitié de Wadagni. Ce rapprochement a des implications économiques directes : le Bénin est un corridor vital pour les échanges des pays enclavés du Sahel. La réouverture complète des voies commerciales pourrait relancer le transit portuaire de Cotonou, stimuler les recettes douanières et apaiser les inquiétudes sécuritaires le long de l'axe Dakar-Bamako.

Le contexte historique éclaire l'ampleur du changement. En juillet 2025, les pays de l'AES avaient décliné l'invitation aux célébrations de l'indépendance béninoise. Aujourd'hui, leur présence marque une inflexion majeure. Cette dynamique s'inscrit dans une tendance régionale plus large : la multiplication des canaux de dialogue entre les États côtiers et sahéliens, malgré les divergences politiques. Wadagni semble vouloir faire de sa présidence une plateforme de médiation et de coopération, un atout dans un espace ouest-africain fragmenté.

Cependant, la route reste semée d'obstacles. La dette publique du Bénin, bien que maîtrisée, requiert une gestion prudente, et les attentes populaires sont immenses. De plus, la normalisation avec l'AES devra composer avec les sensibilités sécuritaires et les sanctions antérieures. Le nouveau gouvernement devra donc conjuguer continuité des réformes, réconciliation régionale et réponse aux besoins urgents des citoyens. Le succès de ce pari dépendra de sa capacité à transformer les symboles en résultats concrets.

En misant sur la continuité à l'interne et l'ouverture à l'externe, Romuald Wadagni dessine une ligne pragmatique pour le Bénin. Cette double stratégie reflète une tendance plus large en Afrique de l'Ouest : la recherche de compromis entre stabilité nationale et intégration régionale, au-delà des clivages politiques. Reste à savoir si la « nouvelle voie » saura répondre aux défis structurels d'une économie en quête de transformation durable.