Le 10 juillet 2026, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a reçu à Dakar le Comité de haut niveau sur le Chantier Paix et Sécurité de l'UEMOA, lançant un appel à une solidarité régionale renforcée face à la montée des menaces terroristes. Cette réunion intervient dans un contexte où le Sénégal vient d'annoncer des coupes budgétaires de plusieurs centaines de milliards de francs CFA pour préserver l'équilibre des comptes publics, tandis que de nouveaux instruments de financement, comme la ligne de la BERD, émergent. L'enjeu est désormais de concilier impératifs sécuritaires et contraintes financières, dans une région où aucun État ne peut affronter seul le défi terroriste.

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Une unité régionale posée comme préalable à la paix

En recevant les membres du Comité de haut niveau, Bassirou Diomaye Faye a martelé un message sans équivoque : « L'unité n'est pas une option. Elle est la condition même de la paix dans l'espace communautaire. » Cette déclaration, prononcée à l'issue de la septième réunion du comité, tenue du 6 au 10 juillet 2026 sous présidence sénégalaise, traduit une prise de conscience collective face à une menace qui s'étend au-delà des frontières. La délégation réunissait les ministres des Affaires étrangères, de la Sécurité et des Finances des huit États membres, le président de la Commission de l'UEMOA, le gouverneur de la BCEAO, le président de la BOAD ainsi que les présidents de la Cour de justice et du CIP/UEMOA. La présence de ces institutions financières souligne que la sécurité est aussi une affaire de budgets et de mobilisation de ressources.

Le président Faye a exhorté la Commission à mobiliser le Fonds régional de sécurité en faveur des États les plus affectés et à accélérer la mise en œuvre du Mécanisme de veille et d'alerte précoce. Il a réitéré la solidarité du Sénégal envers les pays en première ligne, notamment ceux du Sahel central. Cette initiative intervient alors que les récents attentats et l'expansion des groupes armés dans la région fragilisent les économies locales et pèsent sur les finances publiques.

Des finances publiques sous tension face à l'urgence sécuritaire

Le contexte budgétaire sénégalais illustre les contradictions auxquelles sont confrontés les États de l'UEMOA. Moins d'un mois avant cette réunion, le gouvernement sénégalais annonçait des coupes budgétaires massives pour préserver l'équilibre des comptes publics, dans un environnement de ralentissement économique et de pressions sur les recettes. Cette situation n'est pas isolée : plusieurs pays de l'Union peinent à concilier dépenses sociales, investissements et efforts sécuritaires. Le Fonds régional de sécurité, bien que créé, n'a pas encore atteint une taille critique permettant de répondre aux besoins.

Parallèlement, de nouvelles sources de financement commencent à émerger. Le même jour, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) a lancé sa première ligne de financement du commerce au Sénégal, à hauteur de 15 millions d'euros. Ce signal, bien que modeste, indique un intérêt accru des bailleurs pour la région, mais aussi une diversification des instruments financiers disponibles. La question est de savoir si ces mécanismes pourront être redirigés, partiellement, vers des objectifs de stabilisation sécuritaire.

Le rôle des institutions financières régionales

La BCEAO et la BOAD, présentes lors de la réunion, sont appelées à jouer un rôle clé dans la mobilisation des ressources. Le gouverneur de la BCEAO et le président de la BOAD ont été associés aux discussions, ce qui suggère que le chantier sécuritaire intègre désormais une dimension économique et monétaire. La BOAD, en particulier, pourrait être sollicitée pour financer des infrastructures de sécurité ou des programmes de développement dans les zones frontalières sensibles, tandis que la BCEAO veillerait à la stabilité monétaire dans un contexte de pressions budgétaires.

Cette convergence entre sécurité et économie n'est pas nouvelle, mais elle prend une acuité particulière alors que l'UEMOA doit faire face à une menace qui ne connaît pas de frontières et qui affecte directement la confiance des investisseurs et la croissance. Les récents attentats dans la région ont freiné des projets d'investissement et accru les primes de risque, fragilisant davantage des économies déjà vulnérables.

Une dynamique régionale à concrétiser

L'appel de Bassirou Diomaye Faye s'inscrit dans une séquence où la coopération sécuritaire de l'UEMOA cherche à se renforcer. En mai dernier, le groupe BSIC tenait à Dakar une réunion de ses décideurs, confirmant le rôle de hub régional de la capitale sénégalaise. Par ailleurs, la nomination en mai d'une nouvelle présidente à la Chambre du droit des affaires et de l'immobilier de Côte d'Ivoire rappelle que la région cherche aussi à améliorer son climat des affaires, un objectif rendu plus difficile par l'insécurité.

Le comité de haut niveau, créé pour piloter le Chantier Paix et Sécurité, semble vouloir passer à une phase opérationnelle. Le président Faye a insisté sur la nécessité de réponses « plus efficaces, coordonnées et davantage tournées vers les populations ». Cette approche bottom-up, qui place les populations au centre, pourrait être la clé pour obtenir une adhésion locale et une efficacité durable.

L'initiative du président sénégalais révèle une prise de conscience que la sécurité en Afrique de l'Ouest ne peut plus être traitée comme une simple affaire de défense nationale, mais comme un enjeu collectif qui engage l'ensemble des politiques publiques, des finances à la diplomatie. Reste à savoir si les mécanismes régionaux, encore fragiles, parviendront à transformer cet appel en actions concrètes, alors que les ressources sont limitées et que les urgences se multiplient. L'UEMOA se trouve à un carrefour où son avenir économique et sa stabilité politique sont de plus en plus indissociables.