Lors d'une grande interview le 2 mai, le président Bassirou Diomaye Faye a martelé que le Sénégal « reste stable, engagé et ouvert aux affaires », tout en indiquant que les discussions avec le FMI se poursuivent pour un nouveau programme. Ce message intervient dans un contexte où plusieurs pays ouest-africains sont sous pression des institutions financières internationales, mais aussi marqués par des ruptures ou des tensions politiques. Derrière les déclarations de confiance, c'est toute une stratégie de crédibilité internationale que le nouveau pouvoir sénégalais cherche à asseoir.
Le discours présidentiel du 2 mai 2026 n'est pas anodin. En affirmant que le Sénégal « ne rompt pas avec le FMI », Bassirou Diomaye Faye répond à une interrogation qui court depuis son élection en 2024 : son régime, issu d'une opposition longtemps critique de la gouvernance économique antérieure, allait-il adopter une ligne plus souverainiste et moins orthodoxe ? La réponse est nuancée : continuité dans le cadre des négociations, mais inflexion sur le fond, le nouveau programme devant « refléter les priorités nationales ». Cette formule, fréquente dans les discours des dirigeants africains récents, traduit une double volonté : ne pas heurter les marchés tout en gardant une marge de manœuvre politique.
La performance macroéconomique du Sénégal est en jeu. Le pays a connu une croissance soutenue ces dernières années, portée par les infrastructures et les services, mais le déficit public et l'endettement restent des préoccupations. Le gouvernement actuel entend « réduire le déficit et maîtriser les prix », des objectifs classiques mais que complique un contexte régional marqué par l'inflation et les pressions sociales. La mention du « dialogue social avec les syndicats et le patronat » vise à prévenir tout mouvement social qui pourrait fragiliser la reprise, comme on l'a vu au Nigeria ou au Ghana voisins.
Sur le plan institutionnel, le président met en avant la « solidité des institutions » et un agenda législatif ambitieux (droit du travail, protection sociale, modernisation de la fonction publique). Derrière ces termes se profile une tentative de renouvellement du contrat social sénégalais, hérité du modèle de Léopold Sédar Senghor mais jugé obsolète par une partie de la jeunesse et des travailleurs. La référence à une « croissance inclusive et durable » est devenue un passage obligé pour tout dirigeant sahélien, mais au Sénégal elle résonne particulièrement : le pays est souvent cité comme un îlot de stabilité dans une région secouée par les coups d'État et le terrorisme.
Enfin, la diplomatie sénégalaise se pose en garante de la fiabilité du pays. Le maintien d'une « politique étrangère équilibrée, multilatérale et respectueuse des règles internationales » est un atout dans un monde où les puissances cherchent des partenaires stables en Afrique de l’Ouest. Alors que des pays comme le Mali ou le Burkina Faso se sont rapprochés de la Russie et ont quitté la CEDEAO, le Sénégal réaffirme son ancrage dans les organisations régionales et internationales. Ce positionnement, couplé à la perspective d'un nouveau programme FMI, vise à rassurer les investisseurs étrangers, notamment ceux du pétrole et du gaz, secteurs clés pour l'avenir économique du pays.
Le discours de Bassirou Diomaye Faye illustre la difficulté pour les nouveaux dirigeants africains de conjuguer souveraineté nationale et dépendance aux financements extérieurs. En Afrique de l’Ouest, rares sont les pays qui parviennent à maintenir une telle ambiguïté constructive. Le Sénégal, par sa tradition de dialogue et sa relative stabilité politique, pourrait servir de test grandeur nature : peut-on négocier un programme FMI tout en affirmant ses propres priorités sans perdre la confiance des marchés ? La réponse dépendra de la capacité du gouvernement à tenir ses engagements budgétaires tout en répondant aux attentes sociales, dans un contexte régional incertain.