Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye effectue une visite officielle de trois jours à Berlin, axée sur la mobilisation de capitaux allemands pour financer la transformation structurelle du pays. Au menu : l'électrification rurale solaire, la gestion des inondations et la coopération technologique, dans le cadre de la Vision Sénégal 2050. Cette offensive diplomatique intervient alors que le Sénégal, nouveau producteur de pétrole, cherche à diversifier ses partenariats économiques face à une concurrence régionale accrue.

Infographie — Économie · Sénégal

Bassirou Diomaye Faye a entamé dimanche 21 juin une visite officielle en Allemagne, rencontrant successivement Siemens Healthineers et la direction de GAUFF Engineering. Ces entretiens illustrent une double priorité : d'une part, le développement de l'énergie solaire pour l'électrification rurale et la transformation agricole ; d'autre part, la résorption des inondations récurrentes via des investissements dans l'assainissement et la gestion des eaux pluviales. Cette approche sectorielle s'inscrit dans une stratégie plus large de diversification des partenariats économiques, où Berlin est perçu comme un allié technologique et financier de long terme.

Le volet solaire occupe une place centrale. L'Agence sénégalaise d'électrification rurale (ASER) a déjà connecté de nombreuses localités isolées, mais le gouvernement entend aller plus loin : faire du solaire un moteur de développement rural en l'intégrant à l'irrigation, à la conservation et à la transformation des produits agricoles. Cette vision, portée par GAUFF Engineering, vise à réduire la dépendance aux importations alimentaires et à renforcer la productivité des zones rurales, tout en atténuant les disparités territoriales.

Les infrastructures hydrauliques constituent l'autre pilier des discussions. Face aux inondations qui frappent le pays chaque hivernage, Dakar cherche à accélérer les travaux de drainage et de gestion des eaux usées. Ces investissements sont considérés comme essentiels pour sécuriser les zones urbaines et périurbaines, mais aussi pour améliorer la résilience climatique du pays, un enjeu qui gagne en importance dans les négociations avec les partenaires internationaux.

Au-delà des projets concrets, la visite s'adosse à la Vision Sénégal 2050, le nouveau référentiel de développement national. Avec l'entrée en production du champ Grand Tortue Ahmeyim en 2024, le Sénégal dispose désormais de marges de manœuvre budgétaires, mais doit gérer la transition énergétique et la transformation industrielle. L'Allemagne, via la KfW et la GIZ, offre une expertise reconnue dans les énergies renouvelables, le numérique et la formation technique, domaines où Dakar espère créer des synergies et des transferts de technologies.

Cette offensive diplomatique s'observe à l'aune des dynamiques régionales. En mai 2026, le Ghana a officialisé sa sortie du programme du FMI, tandis que la Côte d'Ivoire multiplie les appels à l'investissement. Dans ce contexte concurrentiel, le Sénégal cherche à se positionner comme une destination stable et attractive pour les capitaux européens, en misant sur des partenariats ciblés plutôt que sur une dépendance aux financements multilatéraux. La visite de Faye à Berlin traduit ainsi une volonté de redéfinir la diplomatie économique sénégalaise, en articulant besoins urgents d'infrastructures et vision de long terme.

Reste à savoir si cette quête de capitaux allemands pourra s'inscrire dans une gestion transparente et durable des revenus pétroliers, et si elle permettra de réduire efficacement les inégalités territoriales tout en répondant aux défis climatiques. La réussite de ce pari dépendra autant de la capacité du Sénégal à proposer des projets bancables que de sa stabilité politique et de la cohérence de sa vision stratégique à l'échelle de l'Afrique de l'Ouest.