Mariame Françoise Koné-Bédié, figure emblématique du Groupement Professionnel des Exportateurs de Café et de Cacao de Côte d'Ivoire (GEPEX), quitte ses fonctions après trois décennies à la tête de l'organisation. Ce départ intervient dans un contexte de mutations profondes de la filière, marqué par la mise en place de l'Organisation Interprofessionnelle Agricole Café-Cacao CI (OIA) et les réflexions régionales sur la chaîne de valeur, notamment lors du forum de Marrakech en mai 2026. Il soulève des questions sur la gouvernance à venir d'un secteur clé pour l'économie ivoirienne.

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Un engagement de trente ans au service du dialogue

Pendant trente ans, Mariame Françoise Koné-Bédié a représenté les principaux exportateurs internationaux de café et de cacao installés en Côte d'Ivoire au sein du GEPEX. Épouse de l'un des fils de l'ancien président Henri Konan Bédié, elle a évolué dans un environnement où se croisent intérêts des multinationales, stratégies de l'État et aspirations des producteurs. Son approche, fondée sur le dialogue, a permis de maintenir un équilibre fragile entre ces acteurs.

L'un des faits marquants de son mandat fut son implication dans le rapprochement entre le GEPEX et l'OIA Café-Cacao CI. À une époque où l'adhésion des exportateurs à cette interprofession suscitait des interrogations, elle a contribué à instaurer un climat de confiance. Plusieurs responsables de l'OIA saluent aujourd'hui son engagement en faveur d'une gouvernance plus inclusive de la filière.

Au-delà de ses responsabilités institutionnelles, Mme Koné-Bédié s'est toujours montrée soucieuse du sort des producteurs. Lors d'un récent séminaire de l'OIA, elle confiait que son véritable combat restait la lutte contre la pauvreté dans les zones de production. Elle ambitionnait de lancer une vaste étude socio-économique dans l'ouest du pays pour en comprendre les causes profondes. Ce projet, aujourd'hui en suspens, illustre les défis persistants d'une filière où les marges sont inégalement réparties.

Les enjeux d'une gouvernance en mutation

Le départ de Françoise Koné-Bédié intervient alors que la filière café-cacao ivoirienne est à un tournant. En mai 2026, le forum régional de Marrakech sur la chaîne de valeur du café en Afrique rappelait que le continent ne peut plus se contenter d'être un simple producteur de matières premières. La transformation locale, la certification et la rémunération équitable des producteurs sont devenues des impératifs, y compris pour le cacao. Parallèlement, le Directeur Général du Conseil du Café-Cacao appelait à poursuivre dans la sérénité la campagne intermédiaire, signe de tensions persistantes.

Le départ de la directrice du GEPEX ouvre une période d'incertitude sur la représentation des exportateurs. Dans un jeu d'acteurs complexe – État, coopératives, multinationales – la nouvelle direction devra composer avec des attentes multiples. Certains observateurs y voient une opportunité pour renforcer l'intégration du GEPEX au sein de l'OIA et fluidifier les relations interprofessionnelles. D'autres craignent au contraire une perte d'influence du syndicat des exportateurs dans les négociations.

La dimension politique n'est pas absente. En tant que membre de la famille Bédié, Françoise Koné-Bédié incarnait un lien entre le monde des affaires et la sphère politique. Son départ pourrait modifier les équilibres informels qui ont longtemps structuré la filière. Mais au-delà des personnalités, c'est bien la question du modèle de développement du cacao ivoirien qui se pose : comment concilier productivité, durabilité et équité, alors que les cours mondiaux restent volatils et que les exigences des marchés européens se durcissent ?

Le départ de Françoise Koné-Bédié n'est pas un simple fait divers dans la vie d'une organisation professionnelle. Il intervient à un moment où la Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao, cherche à réinventer sa filière phare. Au-delà du cas ivoirien, c'est toute la question de la gouvernance des filières agricoles en Afrique de l'Ouest qui est posée : comment faire émerger des modèles inclusifs capables de redistribuer la valeur, de répondre aux normes internationales et de garantir un revenu décent aux producteurs ? Les prochains mois diront si ce changement de tête ouvre une nouvelle dynamique ou s'il marque simplement le réaménagement d'un système ancien.