Le 23 avril 2026, l’Organisation interprofessionnelle agricole (OIA) de la filière café-cacao a publié un communiqué démentant formellement toute crise avec le Conseil du Café-Cacao. Cette sortie médiatique intervient alors que des rumeurs de tensions institutionnelles circulaient, menaçant la confiance des acteurs de la filière. Dans un contexte où les producteurs subissent des prix bas et où la concurrence internationale s’intensifie, la stabilité de la gouvernance est un enjeu central pour les recettes d’exportation ivoiriennes.
Le démenti de l’OIA, signé par son vice-président Doua Blondé Obed, vise à rétablir les faits après des « informations erronées » relayées dans certains médias. L’organisation affirme travailler « en parfaite synergie » avec le Conseil du Café-Cacao et confirme la légitimité de son président Siaka Diakité. Rien ne filtre toutefois sur l’origine des rumeurs, ce qui laisse planer le doute sur d’éventuelles divergences internes.
Les tensions potentielles au sein de la filière ne sont pas nouvelles. La réforme du secteur cacaoyer, lancée depuis 2012, a multiplié les acteurs institutionnels – Conseil, OIA, fonds de régulation – et complexifié le partage des responsabilités. Des désaccords sur la gestion des ressources ou sur la redistribution des revenus pourraient expliquer ces fuites, même si l’OIA les nie. Rappelons que la Côte d’Ivoire et le Ghana, qui représentent près de 60% de la production mondiale, tentent de stabiliser le marché via une prime de revenu décent et des quotas, mais les tensions entre producteurs, exportateurs et État demeurent.
Pour les exportateurs et les investisseurs, toute perception d’instabilité institutionnelle est un signal négatif. Elle peut affecter la signature des contrats forward, base du financement de la campagne. Or, en 2026, la filière cacao ivoirienne doit composer avec une baisse des cours mondiaux – le cacao s’échangeait autour de 2 400 dollars la tonne à New York en avril – et une demande atone. Une crise ouverte aurait pu compromettre les recettes d’exportation, estimées à plusieurs milliards de dollars, et fragiliser la trésorerie des producteurs.
Au-delà de la communication, ce démenti souligne la sensibilité de la gouvernance du secteur. L’enjeu pour l’OIA est de démontrer sa transparence, notamment dans la gestion des 400 francs CFA par kilo prélevés sur les exportations pour financer les programmes de filière. Toute opacité serait exploitée par les détracteurs du système. La déclaration du 23 avril apparaît donc comme une tentative de verrouiller les critiques avant la deuxième moitié de la campagne, période cruciale pour les paiements aux planteurs.
Ce démenti n’efface pas les interrogations sur la solidité du dispositif institutionnel ivoirien. Alors que le Ghana voisin traverse sa propre crise de gouvernance cacaoyère – avec des retards de paiement et une réforme contestée –, la Côte d’Ivoire doit prouver que sa filière reste un modèle de stabilité. Plus largement, la question de la représentativité des organisations paysannes et de l’équilibre des pouvoirs entre État, exportateurs et producteurs demeure centrale pour l’avenir du cacao ouest-africain.