L'Organisation interprofessionnelle agricole du secteur café-cacao (OIA Café-Cacao) a sollicité un budget de fonctionnement de 15 milliards de francs CFA pour 2026. Cette demande, qui dépasse de loin celle d'organismes comparables, intervient alors que l'interprofession n'a encore justifié qu'une seule opération majeure : le rachat de 103 000 tonnes de stock invendu pour 291 milliards de francs CFA. Les acteurs de la filière s'interrogent sur la pertinence de ce montant dans un contexte de campagne éprouvante pour les producteurs.
Cacao ivoirien : l’interprofession réclame un budget qui divise
L’OIA Café-Cacao demande 15 milliards FCFA pour 2026, soit 4× plus que l’OIA Coton Anacarde. En pleine campagne éprouvante, les acteurs s’interrogent.
Une demande de budget jugée disproportionnée
Créée en août 2025 à Yamoussoukro, l'OIA Café-Cacao a pour mission de fournir un cadre de concertation aux producteurs, transformateurs et exportateurs. Mais à peine un an après sa naissance, elle demande un budget annuel de 15 milliards de francs CFA, soit plus de quatre fois celui de l'OIA Coton Anacarde (3,5 milliards), pourtant en place depuis plusieurs années. Les critiques pointent un décalage entre cette ambition budgétaire et les résultats concrets : l'organisation n'a géré jusqu'ici qu'une seule opération d'envergure, le rachat des stocks invendus de la récolte principale, pour lequel l'État a débloqué 291 milliards de francs CFA.
« Une organisation qui n'a même pas encore justifié de la gestion du rachat des stocks invendus dont elle avait la charge », relèvent des acteurs de la filière, pour qui la demande de subvention intervient à contretemps, au sortir d'une campagne principale 2025/2026 éprouvante pour les producteurs. Les activités que l'interprofession entend financer avec cette dotation ne sont, à ce stade, pas définies par l'administration, ce qui nourrit les réserves.
Les enjeux de gouvernance d'une filière stratégique
Cette controverse intervient dans un contexte où la Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao, peine à stabiliser les revenus de ses planteurs. Le mécanisme de rachat des stocks invendus, bien que nécessaire pour soutenir les prix, avait déjà suscité des débats sur son efficacité et sa gouvernance. La demande de l'OIA Café-Cacao révèle les tensions entre les différents collèges (producteurs, transformateurs, exportateurs) et la difficulté à instaurer une instance représentative crédible.
Par ailleurs, la comparaison avec l'OIA Coton Anacarde interroge : pourquoi une filière aussi emblématique que le cacao nécessiterait-elle un budget quatre fois supérieur ? Certains y voient le signe d'une bureaucratie naissante, d'autres la nécessité de financer des programmes d'amélioration de la qualité, à l'instar des initiatives observées dans d'autres pays de la sous-région. Au Togo par exemple, le gouvernement mise sur le cacao premium pour mieux résister aux fluctuations du marché, avec l'appui de nouvelles infrastructures de transformation.
Une mise en perspective régionale et temporelle
La création de l'OIA Café-Cacao s'inscrit dans une tendance plus large de professionnalisation des filières agricoles en Afrique de l'Ouest. Au sein de l'UEMOA, les États cherchent à renforcer le dialogue entre acteurs privés et publics pour améliorer la compétitivité et la traçabilité. Cependant, le décalage entre les moyens demandés et les actions menées interroge sur l'efficacité de ces nouvelles institutions. Alors que les prix mondiaux du cacao restent volatils et que les producteurs subissent les conséquences des aléas climatiques et des chocs de marché, la priorité semble être le soutien direct aux planteurs plutôt que l'expansion administrative.
L'évolution de la campagne 2025/2026 a montré les fragilités du système : des invendus importants, un prix garanti de 2 800 FCFA/kg qui a pesé sur les finances publiques, et une interprofession encore en rodage. La demande de budget de 15 milliards intervient donc à un moment critique, où chaque franc doit être justifié. Les acteurs de la filière attendent désormais que l'OIA précise ses priorités et démontre sa capacité à améliorer concrètement les conditions de production et de commercialisation.
Ce débat sur le financement de l'OIA Café-Cacao reflète les défis plus larges de la gouvernance des filières agricoles en Côte d'Ivoire : comment concilier représentation des acteurs, transparence et efficacité opérationnelle ? La réponse apportée par le gouvernement et les parties prenantes pourrait influencer non seulement l'avenir du cacao ivoirien, mais aussi les modèles d'organisation dans d'autres filières de la région.