La directrice exécutive du Groupement professionnel des exportateurs de café et de cacao (GEPEX) a été débarquée le 7 mai 2026, officiellement pour limite d'âge, mais des sources évoquent des divergences internes sur la gouvernance. Cette éviction survient alors que l'Organisation internationale du cacao (ICCO) annonce un retour à l'excédent mondial après deux années de pénurie. Pour la Côte d'Ivoire, premier producteur mondial, cette double actualité interroge la capacité de la filière à naviguer entre tensions institutionnelles et retournement du marché.

Infographie — Cacao

Le départ de Mariame Koné-Bédié de la direction du GEPEX marque un tournant pour le syndicat qui représente les grandes multinationales exportatrices de cacao et café en Côte d'Ivoire. Si l'argument de la limite d'âge est avancé officiellement, plusieurs sources internes évoquent des divergences croissantes sur la gestion de l'organisation et son positionnement face aux autorités ivoiriennes. Le GEPEX joue un rôle clé dans les négociations avec le Conseil du Café-Cacao sur les mécanismes de commercialisation, la fiscalité et les standards de qualité. Son unité est donc cruciale pour maintenir l'influence des exportateurs dans une filière où l'État cherche à renforcer son contrôle.

Cette crise interne intervient dans un contexte de basculement du marché mondial du cacao. Selon les dernières estimations de l'ICCO pour la campagne 2024-2025, la production mondiale a nettement rebondi après deux années de déficits, portée par de meilleures conditions climatiques en Afrique de l'Ouest et une expansion des surfaces cultivées. L'excédent annoncé exerce une pression à la baisse sur les prix, qui avaient atteint des records historiques en 2024. Pour la Côte d'Ivoire, une baisse des cours réduit les marges des exportateurs et pourrait raviver les tensions avec les producteurs sur le prix garanti.

Le moment choisi pour ce changement de direction au GEPEX interroge. Alors que la filière s'apprête à négocier les conditions de la prochaine campagne avec l'État, l'absence d'une direction stable et légitime affaiblit la position des exportateurs. Certains observateurs y voient une manœuvre de l'exécutif pour affaiblir le syndicat et imposer des réformes favorisant la transformation locale, un objectif récurrent des autorités ivoiriennes. La question de la transformation locale du cacao est en effet un point de friction : les exportateurs, souvent des multinationales, préfèrent exporter la fève brute vers leurs usines à l'étranger, tandis que l'État veut accroître le broyage local.

Le retour à l'excédent rend ces négociations plus ardues. Lorsque l'offre est abondante, les exportateurs peuvent être tentés de réduire leurs achats ou de faire pression sur les prix, ce qui heurte les intérêts des planteurs et du gouvernement. Le Conseil du Café-Cacao, qui fixe le prix d'achat aux producteurs, pourrait se trouver pris entre les exigences des exportateurs et la nécessité de maintenir le revenu des agriculteurs. Dans ce contexte, un GEPEX divisé pourrait être moins capable de défendre les intérêts de ses membres, ce qui profiterait à l'État.

Au-delà de la Côte d'Ivoire, cette situation reflète les fragilités structurelles de la filière cacao ouest-africaine. Le Ghana, deuxième producteur mondial, connaît également des tensions entre son conseil du cacao (Cocobod) et les exportateurs, notamment sur le financement de la campagne. La volatilité des prix et les aléas climatiques rendent la gouvernance de la filière particulièrement sensible. L'épisode du GEPEX rappelle que la stabilité institutionnelle est aussi importante que les conditions de marché pour assurer la pérennité de la production.

Le limogeage de Mariame Koné-Bédié pourrait aussi avoir des répercussions sur les relations avec les acheteurs internationaux. Le GEPEX est l'interlocuteur privilégié des grands traders comme Cargill, Barry Callebaut ou Olam. Une période d'incertitude sur la direction pourrait compliquer la signature des contrats pour la campagne à venir, d'autant que les certificats de durabilité et de traçabilité sont devenus des enjeux commerciaux majeurs. Les exportateurs doivent démontrer leur capacité à offrir un cacao conforme aux nouvelles réglementations européennes, un défi qui requiert une coordination étroite avec le Conseil du Café-Cacao.

Enfin, ce double mouvement – crise institutionnelle et excédent mondial – pose la question de la résilience de la filière ivoirienne face aux chocs. Alors que le pays cherche à diversifier son économie et à réduire sa dépendance au cacao, ce secteur reste vital pour des millions de producteurs et pour l'économie nationale. Les décisions prises dans les semaines à venir, notamment la nomination d'un nouveau directeur au GEPEX et les modalités de la campagne 2025-2026, seront scrutées de près par tous les acteurs.

Au-delà du cas ivoirien, cette séquence illustre les tensions récurrentes entre les États producteurs et les multinationales dans les filières de matières premières. Alors que le marché devient plus concurrentiel avec le retour de l'excédent, la capacité des organisations professionnelles à maintenir leur cohésion interne sera déterminante pour peser dans les négociations. En Afrique de l'Ouest, où le cacao représente une part majeure des recettes d'exportation, ces fragilités institutionnelles pourraient avoir des répercussions bien au-delà du secteur, affectant la stabilité macroéconomique des pays concernés.