Le 11 mai 2026, une délégation de la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) a rencontré la direction du Conseil du Café-Cacao pour discuter du financement de trois projets climatiques. Cette démarche intervient quelques jours seulement après des affrontements entre producteurs de cacao et forces de l’ordre à M’Batto, révélant une filière sous pression. Au-delà du technicisme, cette rencontre illustre une tentative d’ancrer la durabilité dans un secteur qui représente près de 15 % du PIB ivoirien, tout en cherchant à répondre aux exigences des marchés internationaux.

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La rencontre entre le directeur général du Conseil du Café-Cacao, Koné Brahima Yves, et la délégation de la BOAD conduite par Ibrahim Traoré, responsable du Développement des Projets Climat, a porté sur trois initiatives concrètes. La première concerne la valorisation des déchets agricoles par la production de biochar et de biogaz, une technique qui permet à la fois de réduire les émissions et d’améliorer la fertilité des sols. La seconde, intitulée « Initiative cacao-carbone+ », vise à certifier les pratiques de stockage de carbone dans les plantations. Enfin, le projet « Green-Resilience CIV » entend accompagner les communautés productrices vers des pratiques agricoles régénératrices.

Un contexte social tendu Cette quête de financements verts ne peut être dissociée des tensions sociales qui secouent la filière. Le 7 mai, des producteurs de cacao à M’Batto avaient affronté les forces de l’ordre pour réclamer de meilleurs prix et le paiement des arriérés. La récente réforme des subventions aux carburants, en septembre 2023, avait déjà fragilisé le pouvoir d’achat des ruraux. En proposant des projets qui promettent des revenus carbone aux planteurs, le Conseil du Café-Cacao tente de répondre à une double exigence : apaiser le mécontentement social et se conformer aux nouvelles régulations européennes sur la déforestation importée.

La BOAD, levier régional Le choix de la BOAD comme partenaire est significatif. Cette banque de développement ouest-africaine dispose d’un Fonds d’Étude Climat dédié, abondé par des bailleurs multilatéraux. Elle joue un rôle croissant dans le financement de la transition écologique en zone UEMOA. Pour la Côte d’Ivoire, ce partenariat s’inscrit dans la continuité de la Contribution Déterminée au niveau National (CDN 3.0), actualisée en 2025. Mais au-delà de l’aspect technique, il reflète une tendance lourde : la financiarisation des services écosystémiques en Afrique de l’Ouest, où les crédits carbone deviennent une nouvelle monnaie d’échange.

Les défis de la mise en œuvre Si l’ambition est louable, les obstacles restent nombreux. La certification carbone nécessite un suivi rigoureux des parcelles, ce qui suppose des moyens humains et techniques importants. Les producteurs, souvent analphabètes et dispersés, peinent à s’approprier ces mécanismes complexes. Par ailleurs, le marché du carbone est encore instable, avec des prix fluctuants et une demande incertaine. Enfin, la concurrence avec d’autres pays producteurs, comme le Ghana, qui développe des initiatives similaires, oblige Abidjan à agir vite pour ne pas perdre son avance commerciale.

Cette rencontre entre le Conseil du Café-Cacao et la BOAD ouvre une piste prometteuse pour la durabilité de la filière, mais elle soulève aussi des questions sur la capacité à transformer ces projets en bénéfices tangibles pour les planteurs. Dans une région où la dépendance aux matières premières reste forte, la réussite de cette approche pourrait servir de modèle pour d’autres filières, comme le coton ou l’huile de palme. L’enjeu dépasse le simple financement climatique : il s’agit de repenser le contrat social entre l’État, les producteurs et les marchés internationaux.