Les 2 et 3 juillet 2026, la 7ᵉ édition des Rencontres africaines de la Prévention et du Risk Management s'est tenue à Abidjan, réunissant experts et décideurs autour du thème « Risk Management, pilier d'une Afrique résiliente ». Au cœur des débats, l'intervention de Yapi Privat Kauphy, secrétaire général de préfecture et directeur de cabinet du District autonome des Lacs, a mis en lumière un changement de paradigme dans la stratégie ivoirienne : décentraliser la gestion des risques pour mieux les anticiper. Cette approche s'inscrit dans une dynamique régionale où plusieurs États d'Afrique de l'Ouest, confrontés à l'urbanisation rapide et aux aléas climatiques, repensent leurs dispositifs de protection civile.
Prévention des risques : le pivot territorial
La Côte d’Ivoire décentralise sa stratégie de gestion des risques. Le corps préfectoral, les collectivités et les élus locaux deviennent les piliers d’une résilience ancrée dans les territoires.
« La résilience ne peut être durable sans une forte implication des acteurs territoriaux. »
Les acteurs de la résilience territoriale
Les défis de la mise en œuvre locale
Les collectivités territoriales ivoiriennes doivent monter en compétence pour piloter les dispositifs de prévention.
Articuler planification nationale et mise en œuvre décentralisée sans rupture de cohérence.
Pression démographique et événements extrêmes exigent des réponses locales agiles.
Plusieurs États d’Afrique de l’Ouest repensent leurs dispositifs de protection civile face à l’urbanisation rapide et aux aléas climatiques.
Mobilisation régionale pour une résilience partagée.
Une stratégie nationale ancrée dans les territoires
Depuis plusieurs années, la Côte d'Ivoire a renforcé son arsenal de prévention des risques : plan ORSEC consolidé, systèmes d'alerte précoce, intégration de la gestion des crises dans les politiques publiques. Mais comme l'a souligné Yapi Privat Kauphy, l'efficacité de ces instruments dépend de leur appropriation à l'échelle locale. « La résilience ne peut être durable sans une forte implication des acteurs territoriaux », a-t-il insisté, rappelant le rôle clé du corps préfectoral, des collectivités, des services déconcentrés et des élus locaux. Cette vision reflète une évolution notable : alors que les dispositifs étaient historiquement pilotés depuis Abidjan, le discours officiel prône désormais une articulation fine entre planification centrale et mise en œuvre décentralisée.
Les défis de la mise en œuvre locale
Le passage de la théorie à la pratique n'est pas sans obstacles. Les collectivités territoriales ivoiriennes, inégalement dotées en ressources humaines et financières, peinent à déployer des stratégies cohérentes. La prévention des risques – qu'ils soient climatiques (inondations, sécheresses), sanitaires (épidémies) ou technologiques (accidents industriels) – exige des investissements lourds et une coordination multisectorielle que les mairies et conseils régionaux ne peuvent assumer seuls. L'État conserve un rôle central de financement et de normalisation, mais la réussite de la décentralisation dépendra de la capacité à transférer réellement des compétences et des moyens aux territoires.
Cette réorientation s'opère dans un contexte où la Côte d'Ivoire, comme d'autres pays de l'UEMOA, doit faire face à l'augmentation des phénomènes extrêmes liés au changement climatique. Les inondations récurrentes à Abidjan et dans les zones côtières, ou les épisodes de sécheresse dans le nord, rappellent l'urgence d'une approche intégrée. Par ailleurs, la croissance démographique et l'urbanisation accélérée multiplient les vulnérabilités, notamment dans les quartiers informels. Les Rencontres d'Abidjan ont ainsi servi de plateforme pour partager les bonnes pratiques entre États, la Côte d'Ivoire cherchant à s'inspirer des modèles de résilience communautaire testés ailleurs sur le continent.
Vers une résilience régionale ?
Au-delà du cas ivoirien, l'événement a souligné l'émergence d'une conscience collective en Afrique de l'Ouest. Le thème « Risk Management, pilier d'une Afrique résiliente » traduit une volonté de dépasser les approches nationales pour construire des réponses coordonnées aux défis transfrontaliers. Les crises sanitaires (Ebola, Covid-19) et climatiques (sécheresses au Sahel) ont démontré les limites des dispositifs cloisonnés. Dans cette perspective, la Côte d'Ivoire, par son poids économique et sa stabilité relative, pourrait jouer un rôle moteur dans la mutualisation des outils de prévention au sein de la CEDEAO.
En insistant sur la dimension territoriale de la résilience, le discours de Yapi Privat Kauphy marque une inflexion dans la politique ivoirienne de gestion des risques. Il reste à voir comment cette vision se traduira dans les budgets et les textes réglementaires. L'enjeu dépasse la seule prévention : il engage la capacité de l'État à renouveler son contrat social avec les citoyens, en rapprochant la décision des réalités locales. Dans une Afrique de l'Ouest confrontée à des chocs multiples, la piste territoriale pourrait bien devenir un laboratoire de gouvernance pour l'ensemble de la région.