Le gouvernement ivoirien a validé le 30 juillet 2026 le Schéma national d'aménagement du territoire (SNAT 2045), premier document de planification spatiale à long terme du pays. L'initiative vise à corriger les disparités territoriales persistantes malgré une croissance économique soutenue, et à traduire les objectifs des Plans nationaux de développement en implantations concrètes. Elle intervient dans un contexte régional marqué par des turbulences économiques chez certains voisins ouest-africains.
Territorialiser la croissance à l’horizon 2045
Le gouvernement ivoirien valide le premier schéma d’aménagement du territoire, pour corriger les disparités régionales et ancrer les PND dans l’espace.
« Le PND fixe les priorités, le SNAT en assure la traduction territoriale »
— Dr Souleymane Diarrassouba, ministre du Plan et du Développement
Un outil inédit de planification territoriale
Présidé par le ministre du Plan et du Développement, Dr Souleymane Diarrassouba, l'atelier de validation du SNAT 2045 a réuni institutions, collectivités, partenaires techniques et financiers, secteur privé et société civile. Le document se veut le « principal cadre de référence pour l'organisation spatiale du développement national à long terme », selon le ministre. Il s'agit du premier schéma de ce type dans l'histoire de la Côte d'Ivoire, marquant le passage d'une gestion réactive du territoire à une planification prospective. Le SNAT vient compléter les Plans nationaux de développement (PND) – le prochain couvre 2026-2030 – en offrant une vision spatiale : décider où implanter infrastructures, zones industrielles, pôles agricoles et services publics. « Le PND fixe les priorités, le SNAT en assure la traduction territoriale », a résumé Diarrassouba, soulignant la complémentarité des deux instruments.
Un croissance économique duale et des disparités régionales
Les performances économiques ivoiriennes sont souvent citées comme un modèle régional : croissance à 8 % en moyenne entre 2012 et 2019, puis 6,5 % de 2021 à 2025, et une projection de 6,4 % pour 2026 selon la Banque africaine de développement. Pourtant, ces moyennes masquent de fortes disparités. Le ministre lui-même a insisté sur les « défis persistants liés aux disparités territoriales » : concentration des activités à Abidjan et dans le Sud forestier, enclavement du Nord et de l'Ouest, accès inégal aux services de base. Les émeutes sociales de 2023 dans plusieurs villes de l'intérieur avaient déjà mis en lumière le mécontentement lié à ce déséquilibre. Le SNAT 2045 entend territorialiser les politiques publiques pour coordonner les investissements structurants et promouvoir un développement équilibré et inclusif.
Un contexte régional sous tension
Le choix du moment n'est pas anodin. Alors que la Côte d'Ivoire fait figure de locomotive économique en Afrique de l'Ouest, ses voisins connaissent des turbulences. Des analyses récentes évoquent une « zone de turbulences économiques » au Sénégal, en Guinée et en Côte d'Ivoire, où les décisions politiques peuvent faire basculer des millions de vies. Le SNAT 2045 apparaît ainsi comme une réponse anticipée à ces fragilités, en cherchant à ancrer la croissance dans un développement territorial plus homogène. En se dotant d'un tel outil, Abidjan envoie un signal sur sa volonté de transformer une performance macroéconomique en progrès tangible pour l'ensemble du territoire.
La validation du SNAT 2045 ouvre une nouvelle étape dans la planification ivoirienne, mais sa mise en œuvre dépendra de la capacité à coordonner les acteurs, à mobiliser les financements et à résister aux chocs externes. Dans une région où les disparités spatiales alimentent les tensions, cet exercice prospectif pourrait inspirer d'autres États ouest-africains confrontés aux mêmes défis démographiques et climatiques.