Neuf pays africains figurent désormais dans le Top 100 mondial du Global Investment Risk and Resilience Index, contre trois seulement six mois plus tôt. Le Sénégal, pourtant considéré comme l'une des économies les plus dynamiques d'Afrique de l'Ouest, n'en fait pas partie. Ce contraste interroge sur les critères de résilience retenus et sur la perception réelle du climat d'investissement sénégalais à l'international.

Infographie — Économie · Sénégal

Un bond africain dans l'indice de résilience

Le rapport publié en mai 2026 par Henley & Partners et AlphaGeo marque un tournant dans la manière dont le risque d'investissement est perçu en Afrique. Entre octobre 2025 et mai 2026, le nombre d'économies africaines présentes dans les cent premiers rangs mondiaux est passé de trois à neuf. Cette progression s'inscrit dans un contexte international pourtant tendu, marqué par un ralentissement de la croissance, des tensions géopolitiques et une volatilité financière persistante. Le continent semble bénéficier d'une amélioration de ses fondamentaux internes, notamment en matière de stabilité politique et de gestion macroéconomique.

Les nouveaux entrants sont dominés par des économies de taille modeste mais réputées pour leur résilience : Maurice, Tanzanie, Botswana, Seychelles, Cap-Vert, Namibie, Afrique du Sud, Maroc et Rwanda. Aucun pays d'Afrique de l'Ouest n'y figure, à l'exception du Cap-Vert, archipel lusophone souvent classé à part. La Côte d'Ivoire, le Ghana et le Sénégal, pourtant parmi les pôles de croissance de la région, restent en dehors du Top 100.

Sénégal : un potentiel sous-estimé ou un retard structurel ?

L'absence du Sénégal dans ce classement interpelle, alors que le pays affiche une croissance soutenue, portée par les hydrocarbures, les infrastructures et une transition numérique amorcée. Les observateurs pointent toutefois des fragilités persistantes : une dette publique élevée, une dépendance aux matières premières, des lenteurs dans la mise en œuvre des réformes et une vulnérabilité aux chocs climatiques. L'indice de résilience accorde un poids important à la capacité d'absorption des chocs, domaine où le Sénégal pourrait être pénalisé.

Par ailleurs, le contexte régional éclaire ce résultat. Le Ghana vient de conclure son programme avec le FMI, signe d'une sortie de crise mais aussi d'une période de vigilance accrue des investisseurs. La Côte d'Ivoire, elle, multiplie les initiatives pour attirer les capitaux, comme en témoigne le récent Africa CEO Forum à Kigali ou le salon des téléphones mobiles à Abidjan. Le Sénégal, bien qu'actif diplomatiquement, semble moins visible dans les grands rendez-vous économiques internationaux.

Une évolution qui invite à la nuance

Il serait hâtif de conclure que le Sénégal est un mauvais élève. L'indice mesure un couple risque-résilience, et non la seule performance économique. Le pays peut très bien afficher un risque perçu élevé mais une résilience en amélioration, ce qui le maintiendrait hors du Top 100 sans être rédhibitoire. La progression africaine globale montre surtout que le continent est désormais regardé avec plus de granularité, chaque économie étant évaluée sur ses propres mérites.

Le Sénégal dispose d'atouts certains : une stabilité politique relative, une diplomatie active, un potentiel gazier et une jeunesse dynamique. Mais pour intégrer le cercle des destinations privilégiées par les investisseurs, il lui faudra sans doute renforcer la prévisibilité de son cadre juridique et fiscal, accélérer les réformes structurelles et mieux communiquer sur ses réussites. L'indice de mai 2026 agit comme un révélateur : le décollage espéré par le Sénégal ne se fera pas sans une amélioration tangible de sa résilience perçue.

La carte des risques d'investissement en Afrique se redessine rapidement, au bénéfice d'économies souvent méconnues. Pour le Sénégal, ce classement est moins une sanction qu'une invitation à mieux valoriser ses acquis et à combler ses faiblesses structurelles. Dans un environnement international instable, la résilience devient le critère clé de la confiance des investisseurs.