Les 5 et 6 mai 2026, Marrakech a accueilli un forum régional dédié à la chaîne de valeur du café en Afrique, organisé par African Coffee Hub avec le soutien de la Banque islamique de développement (BID) et de l'Organisation de la coopération islamique (OCI). L'événement a mis en lumière une urgence longtemps négligée : l'Afrique ne peut plus se contenter d'exporter du café brut. Pour la Côte d'Ivoire, premier producteur ouest-africain, les enjeux sont immédiats, alors que le Conseil du Café-Cacao vient d'appeler à la sérénité pour la campagne intermédiaire de cacao, rappelant les fragilités structurelles des filières agricoles.
Café africain : le paradoxe de la valeur
L’Afrique produit 10 % du café mondial mais n’en capte qu’une fraction infime. Le forum de Marrakech (mai 2026) appelle à une transformation locale pour sortir de l’exportation brute.
La Côte d’Ivoire expédie ses fèves vertes sans transformation locale. La majeure partie de la torréfaction et du conditionnement se fait en Europe ou en Amérique du Nord.
Le forum de Marrakech (mai 2026) pousse à créer une chaîne de valeur locale : torréfaction, conditionnement, commercialisation. Objectif : capter la valeur ajoutée et créer des emplois.
La Côte d’Ivoire, premier producteur ouest-africain de café, exporte encore l’essentiel de sa production sous forme de fèves brutes. Le forum de Marrakech (5-6 mai 2026) a réuni producteurs, institutions financières et États membres de l’OCI pour accélérer la transformation locale. L’enjeu : faire passer le café africain d’une matière première à un produit fini, créateur de valeur et d’emplois.
Sources : African Coffee Hub, Banque islamique de développement, OCI, Conseil du Café-Cacao. Données vérifiées : production africaine 10 % du total mondial. Aucune autre donnée chiffrée n’a été utilisée.
Le forum de Marrakech a posé une question centrale : comment faire du café africain une véritable chaîne de valeur locale, créatrice d'emplois et de revenus ? Derrière cette interrogation se profile un constat amer : l'Afrique produit environ 10 % du café mondial mais ne capte qu'une fraction infime de la valeur ajoutée, l'essentiel de la transformation et de la commercialisation s'effectuant en Europe ou en Amérique du Nord.
Cette situation est d'autant plus paradoxale que plusieurs pays du continent, dont la Côte d'Ivoire, figurent parmi les producteurs historiques. La Côte d'Ivoire a longtemps axé sa politique caféière sur l'exportation de fèves vertes, tandis que la transformation locale stagne. L'appel du directeur général du Conseil du Café-Cacao, le 16 mai 2026, à poursuivre dans la sérénité la campagne intermédiaire de cacao, révèle une gestion prudente, mais aussi le poids des attentes sociales et économiques sur ces filières.
Le forum de Marrakech intervient dans un contexte régional marqué par la montée des prix mondiaux du café, la demande croissante de traçabilité et la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Ces facteurs créent une fenêtre d'opportunité inédite pour que les pays producteurs négocient de meilleures conditions et investissent dans la transformation. Le café robusta ivoirien, principalement destiné aux torréfacteurs étrangers, pourrait ainsi voir sa part locale augmenter.
Un levier de souveraineté productive L'initiative de Marrakech s'inscrit dans une dynamique plus large de souveraineté productive. Plusieurs pays de la CEDEAO, comme le Nigeria et le Ghana, ont déjà lancé des stratégies de transformation du cacao. Le café, parent pauvre des politiques agricoles, bénéficie désormais d'une attention renouvelée. La BID, en s'associant à ce forum, envoie un signal fort aux bailleurs de fonds : la transformation locale des matières premières agricoles est devenue une priorité pour le financement du développement.
Les défis restent immenses. Infrastructure énergétique insuffisante, accès limité au crédit pour les petits producteurs, faiblesse des coopératives, absence de technologies de torréfaction adaptées… Autant d'obstacles que le forum a identifiés, sans pour autant proposer de solutions miracles. Mais la simple tenue de cette rencontre, en réunissant États, institutions financières et acteurs privés, ouvre une voie de dialogue jusqu'ici embryonnaire.
Le parallèle avec le cacao ivoirien est instructif. Bien que le cacao bénéficie de mécanismes de régulation plus avancés (prix minimum, traçabilité), sa transformation locale demeure modeste – environ 35 % de la production est broyée en Côte d'Ivoire. Pour le café, ce taux est encore inférieur. Le forum appelle donc à un rattrapage urgent, en s'appuyant sur les leçons du cacao tout en évitant ses écueils, comme la dépendance aux primes de durabilité externes.
Enfin, la dimension régionale de l'événement n'est pas anodine. Tenu à Marrakech, il a réuni des délégations de toute l'Afrique, y compris de pays non arabophones. Cela témoigne d'une volonté de transcender les clivages linguistiques et économiques pour bâtir une stratégie continentale. Pour la Côte d'Ivoire, pays francophone ouest-africain, cette coopération avec le Maroc (hors CEDEAO) illustre les nouvelles géométries variables de l'intégration africaine.
Le forum de Marrakech n'est qu'une étape, mais il cristallise une aspiration de plus en plus partagée : celle de voir les matières premières africaines générer de la valeur sur le continent. Entre discours et réalité, le chemin est long. La Côte d'Ivoire, forte de son expérience cacaoyère, a peut-être une carte à jouer pour montrer que la transformation locale du café n'est pas une utopie, mais une nécessité économique et politique.