L'Association africaine des producteurs de cacao et de café (COCEFAAA) a présenté un plan stratégique triennal pour transformer les filières cacao et café sur le continent. Ce plan vise à accroître la productivité, améliorer la traçabilité et surtout développer la transformation locale, alors que plus d'un tiers de la transformation mondiale s'effectue encore en Europe. Il s'inscrit dans une tendance régionale de montée en gamme des chaînes de valeur agricoles en Afrique de l'Ouest.

Le plan dévoilé par la COCEFAAA ambitionne de mobiliser les parties prenantes autour de cinq axes : productivité, traçabilité, agroforesterie, systèmes coopératifs et accès aux marchés. L'un des objectifs centraux est d'augmenter la capacité de transformation locale du cacao, aujourd'hui très limitée. L'Afrique produit près de 70 % des fèves de cacao, mais le Ghana ne transforme que 40 % de sa production et le Nigeria moins de 20 %. En Côte d'Ivoire, premier producteur mondial avec environ 2 millions de tonnes, le taux de transformation peine à dépasser 35 %. Résultat : la valeur ajoutée échappe largement au continent. Le marché mondial du chocolat pèse près de 120 milliards de dollars par an, mais l'Afrique n'en tire qu'environ 10 milliards via l'exportation de fèves brutes.

Ce plan intervient dans un contexte de pression accrue sur les producteurs. Les nouvelles réglementations européennes sur la déforestation importée imposent une traçabilité stricte, ce qui oblige les pays africains à moderniser leurs systèmes de suivi. Par ailleurs, la volatilité des cours mondiaux et la demande croissante pour un chocolat éthique poussent les acteurs à chercher une meilleure rémunération. La COCEFAAA, qui représente les producteurs africains, tente ainsi de coordonner les efforts pour éviter que la région ne reste cantonnée au rôle de fournisseur de matières premières.

Pour les pays de la CEDEAO, l'enjeu est double. D'une part, la transformation locale créerait des emplois et diversifierait les économies souvent dépendantes du cacao. D'autre part, elle nécessite des investissements massifs dans les infrastructures énergétiques, logistiques et industrielles. Le Nigeria, avec sa pétrochimie et sa production d'engrais, pourrait jouer un rôle clé dans l'approvisionnement en intrants. Le corridor Tema-Bamako, récemment renforcé entre le Ghana et le Mali, illustre la volonté d'améliorer les chaînes d'approvisionnement régionales. Même des pays comme le Sénégal, producteur marginal de cacao, pourraient bénéficier de synergies logistiques ou de niches de transformation, à condition que les coûts de transport et d'énergie deviennent compétitifs.

Cependant, le plan de la COCEFAAA reste flou sur le financement. Les besoins en capitaux pour construire des unités de broyage, former les producteurs et certifier les parcelles sont considérables. Or, les financements publics africains sont contraints, et les investisseurs privés attendent des signaux clairs sur la stabilité fiscale et les garanties de marché. La réussite du plan dépendra aussi de la coordination entre les États, dont les intérêts divergent parfois (compétition pour attirer les investisseurs étrangers).

Au-delà du cacao, ce plan illustre une aspiration plus large des économies ouest-africaines à maîtriser leurs chaînes de valeur. Il pose la question de la souveraineté économique dans un contexte où les normes internationales et les attentes des consommateurs évoluent rapidement. Reste à savoir si les États sauront transformer cette ambition en réalité concrète, faute de quoi le continent continuera d'exporter sa richesse à l'état brut.