Les 11 et 12 juin 2026, Lomé a accueilli la deuxième édition des BOAD Development Days, consacrée au financement de la croissance dans une UEMOA appelée à compter plus de 300 millions d'habitants d'ici 2050. Deux jours plus tard, Dakar a réuni plus de 320 acteurs autour des fonds d'investissement comme vecteur de financement public et catalyseur de l'entrepreneuriat. Ces deux événements, par leur proximité temporelle et leurs thématiques complémentaires, dessinent une tendance lourde : face à des besoins colossaux et à un resserrement du crédit bancaire, l'Afrique de l'Ouest explore de nouvelles voies pour financer sa transformation, avec un rôle central pour les institutions multilatérales de développement et les instruments alternatifs de capitaux.

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La Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) a profité de ses Development Days pour exposer sa stratégie de croissance. Son président, Serge Ekué, a rappelé que la question centrale n'est pas seulement la qualité du bilan mais sa capacité à grandir au même rythme que les besoins de l'économie. Depuis 2021, les fonds propres ont été doublés, et sur l'exercice clos fin 2025, les fonds propres effectifs ont progressé de 28 %, avec un accent sur les fonds propres durs. Ce renforcement continu est indispensable pour soutenir les investissements dans les infrastructures, l'énergie, le logement et le financement productif, dans une région où la croissance démographique avoisine les 3 % par an.

L'essor des fonds d'investissement

Le même jour, à Dakar, le Forum Dakar Business Connect (DBC) a mis en lumière un autre pilier du financement régional : les fonds d'investissement. Dans un contexte de durcissement des conditions d'accès au crédit bancaire et de renforcement des normes prudentielles, ces fonds apparaissent comme des relais indispensables. Ils interviennent en fonds propres, quasi-fonds propres ou dette structurée, permettant de financer des projets de long terme que les banques commerciales délaissent. Les panels ont souligné leur capacité à mobiliser des ressources longues, à améliorer la gouvernance des projets et à attirer d'autres investisseurs.

Convergence des modèles

Les deux manifestations, bien que distinctes, révèlent une convergence stratégique. La BOAD, en renforçant ses fonds propres durs, cherche à accroître son effet de levier et à attirer des co-investisseurs privés. Parallèlement, les fonds d'investissement, via des interventions en capital, complètent l'offre de financement. Cette complémentarité est cruciale : alors que les besoins d'investissement en UEMOA sont estimés à plusieurs dizaines de milliards de dollars, aucun acteur seul ne peut y répondre.

Un contexte régional en mutation

L'évolution est d'autant plus notable que, sur le front minier, le Burkina Faso a récemment annoncé son fonds souverain minier, alimenté par les recettes supplémentaires liées à la hausse des cours. Cette initiative s'inscrit dans la même logique de recherche de ressources longues et de transformation des revenus en investissements productifs. Au Nigeria, le gouvernement vise à créer 1,5 million d'emplois dans le textile, ce qui nécessitera un financement massif de la chaîne de valeur coton-textile.

Les enjeux de la liquidité

Toutefois, l'efficacité de ces nouveaux instruments dépendra de la capacité à attirer des capitaux internationaux dans un environnement financier devenu plus exigeant. Les fonds d'investissement africains doivent composer avec une prime de risque élevée et une liquidité parfois limitée. La BOAD, de son côté, doit continuer à diversifier ses sources de financement, notamment en émettant des obligations vertes ou des titres hybrides.

Le succès de ces deux rendez-vous témoigne d'une prise de conscience collective : la croissance démographique et l'urbanisation rapide imposent des modèles de financement innovants et des partenariats public-privé renforcés. L'Afrique de l'Ouest ne peut plus compter uniquement sur l'aide publique au développement ou le crédit bancaire traditionnel.

Les BOAD Development Days et le Dakar Business Connect ne sont pas des événements isolés : ils reflètent une mutation profonde du paysage financier ouest-africain, où les banques multilatérales et les fonds d'investissement sont appelés à jouer un rôle de premier plan. La question qui demeure est celle de l'ampleur des montants qui pourront être mobilisés, et de la capacité des cadres réglementaires à accompagner cette évolution sans créer de nouveaux déséquilibres.