Le Forum Diaspora Connect, qui se tient à Cotonou du 30 juillet au 2 août 2026, accueille Serge Ekue, président de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD). Cette présence illustre l’évolution du rôle de l’institution dans un contexte où le financement du développement en Afrique de l’Ouest doit composer avec des besoins croissants en infrastructures et une mobilisation accrue des diasporas. L’événement intervient quelques semaines après que la BOAD a confirmé son soutien à des projets routiers en Côte d’Ivoire, marquant une continuité dans sa stratégie de déploiement des ressources.

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Un forum stratégique pour le financement du développement

Sous le thème « Financer les ambitions africaines : comment transformer les talents béninois en moteurs de croissance et d’impact », le Forum Diaspora Connect 2026 réunit à Cotonou entrepreneurs, innovateurs et membres de la diaspora. L’objectif est de créer des ponts entre les compétences expatriées et les besoins locaux, un enjeu majeur pour des économies qui cherchent à capter l’épargne diaspora – estimée à plus de 50 milliards de dollars par an pour l’Afrique subsaharienne. La présence de Serge Ekue, à la tête de la BOAD depuis 2020, donne à cette rencontre une dimension institutionnelle forte, l’institution étant un canal privilégié pour transformer ces flux en investissements productifs.

La BOAD, un acteur en mutation

Sous la direction de Serge Ekue, la BOAD a accentué son engagement dans le financement des infrastructures et du secteur privé. L’institution, qui cumule près de trois décennies d’expérience, a récemment approuvé un prêt de 30 milliards de FCFA pour la construction de l’autoroute Kobo-Kanawolo en Côte d’Ivoire, un projet structurant pour le corridor nord du pays. Parallèlement, elle a lancé un appel à consultants pour accompagner la mise en œuvre d’une taxe climatique, reflétant une volonté d’intégrer les enjeux environnementaux dans ses opérations. Ce double mouvement – consolidation des infrastructures traditionnelles et montée en puissance des financements verts – indique une adaptation aux priorités régionales et internationales.

L’évolution temporelle des interventions de la BOAD

Les récents engagements de la BOAD s’inscrivent dans une dynamique plus large. En juin 2026, des hauts responsables africains réunis à Brazzaville ont appelé à débloquer environ 25 milliards de dollars pour le financement climatique, un sujet sur lequel la BOAD est de plus en plus sollicitée. La participation de Serge Ekue au Forum Diaspora Connect n’est donc pas anodine : elle intervient à un moment où l’institution cherche à diversifier ses sources de financement et à renforcer ses liens avec les diasporas, considérées comme un levier de stabilité financière et d’investissement à long terme.

Diaspora et financement : un tandem prometteur

La thématique du forum – transformer les talents en moteurs de croissance – fait écho aux stratégies nationales de plusieurs pays de l’UEMOA. Le Bénin, en particulier, multiplie les initiatives pour attirer les investissements de sa diaspora, notamment dans les secteurs du numérique et des services. La BOAD, en tant que banque multilatérale, peut jouer un rôle de catalyseur en cofinançant des projets ou en garantissant des prêts. Le modèle est déjà éprouvé dans d’autres régions, comme au Maroc ou au Sénégal, où les diasporas contribuent à hauteur de 10 à 15 % des investissements privés.

Un contexte régional en recomposition

L’accent mis sur la diaspora et le rôle de la BOAD s’inscrit dans une recomposition plus large des mécanismes de financement en Afrique de l’Ouest. Alors que les bailleurs traditionnels réduisent leur exposition, les institutions régionales et les fonds souverains prennent le relais. La BOAD, qui préside également l’International Development Finance Club, voit son influence croître, notamment dans la coordination avec d’autres banques publiques de développement. Cette montée en puissance pose toutefois la question de la capacité à mobiliser des ressources suffisantes face à des besoins estimés à plus de 100 milliards de dollars par an pour les infrastructures en Afrique.

Les défis de la mobilisation financière

Si la diaspora représente un potentiel considérable, sa transformation en investissements productifs reste un défi. Les obstacles réglementaires, le manque de projets bancables et la fragmentation des initiatives freinent souvent les flux. La BOAD, par son expertise et sa connaissance du tissu économique régional, peut contribuer à structurer l’offre de projets et à réduire les risques pour les investisseurs. Le Forum Diaspora Connect est ainsi l’occasion de tester des mécanismes innovants, comme les obligations diaspora ou les plateformes de financement participatif, qui pourraient être reproduits à l’échelle de l’UEMOA.

La présence de Serge Ekue à Cotonou souligne que la BOAD ne se conçoit plus seulement comme un prêteur, mais comme un architecte de l’écosystème financier ouest-africain. Alors que les besoins en financement explosent et que les modèles classiques montrent leurs limites, l’articulation entre institutions multilatérales, diasporas et secteurs privés nationaux devient centrale. Reste à savoir si les annonces faites lors de ce forum se traduiront par des projets concrets, et si la dynamique engagée pourra être étendue à d’autres pays de la région.