Au terme des deux mandats de Patrice Talon, le Bénin affiche une croissance économique solide, portée par le coton et le port de Cotonou. Mais ce bilan positif est assombri par des tensions sécuritaires croissantes avec ses voisins sahéliens, une tentative de coup d’État en décembre 2025, et les difficultés liées à l’exportation du pétrole nigérien. La transition politique, bien que pacifique, révèle les fragilités d’un modèle de développement dépendant de la stabilité régionale.

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Un bilan économique à double tranchant

Le Bénin achève l’ère Talon sur un taux de croissance estimé à près de 7 % par an, une performance notable pour un pays d’environ quinze millions d’habitants. Le coton et le port de Cotonou en sont les piliers. Ce dernier, hub logistique majeur pour l’hinterland sahélien, traite une part importante des échanges du Niger, notamment son pétrole brut acheminé par oléoduc. Cependant, les difficultés rencontrées par le Niger avec la société chinoise exploitant son pétrole ont perturbé les flux, exposant la dépendance du Bénin à un voisinage instable. La capacité du port à maintenir son attractivité face à la concurrence de Lomé ou Abidjan est désormais un enjeu central.

Une transition politique sous haute surveillance

La passation de pouvoir entre Talon et son successeur s’est déroulée dans un climat globalement apaisé, bien que l’ancien président ait écarté toute opposition sérieuse. Mais la tentative de coup d’État menée par le lieutenant-colonel Pascal Tigri en décembre 2025 a mis en lumière les fragilités de l’édifice politique. Cotonou a accusé Niamey d’être impliqué, tandis que le général Tiani a dénoncé une main française derrière les attaques djihadistes ayant visé l’aéroport de Niamey. Cet incident illustre la porosité entre sécurité intérieure et tensions diplomatiques.

Les fragilités sécuritaires et régionales

Les infiltrations de groupes djihadistes dans le nord du Bénin, à la frontière avec le Niger et le Burkina Faso, se sont intensifiées, compliquant la maîtrise du territoire et les ambitions touristiques autour du parc national. Parallèlement, les relations avec les juntes sahéliennes se sont dégradées, ces dernières reprochant au Bénin sa proximité supposée avec la France. Ce climat de défiance mutuelle entrave la coopération régionale, alors même que la CEDEAO tente de relancer l’intégration via un « Pacte d’avenir » en six piliers. Les investissements dans les infrastructures énergétiques, comme le barrage de Souapiti en Guinée ou les centrales thermiques au Togo, montrent que la région cherche des solutions, mais la coordination bute sur des divergences politiques.

Entre continuité et incertitudes

Le nouveau président béninois hérite d’une économie dynamique mais vulnérable aux chocs extérieurs : baisse des cours du coton, ralentissement du commerce régional, ou escalade sécuritaire. La diversification, amorcée via les services et les zones industrielles, reste insuffisante. Par ailleurs, la dépendance au corridor nigérien expose le Bénin aux aléas de la diplomatie régionale. Les projets d’infrastructures portuaires et ferroviaires, souvent financés par des partenaires extérieurs, peinent à contrebalancer une instabilité qui pourrait décourager les investisseurs.

Le cas béninois interroge la viabilité des modèles de croissance ouest-africains lorsqu’ils reposent sur des équilibres régionaux fragiles. Alors que la CEDEAO et l’UEMOA promeuvent l’intégration, les tensions entre États membres et les défis sécuritaires communs rappellent que la prospérité économique ne peut être dissociée de la stabilité politique régionale. Le Bénin de demain dépendra autant de sa capacité à sécuriser ses frontières que de sa faculté à renouveler ses partenariats commerciaux.