Investi le 24 mai, le président béninois Romuald Wadagni a choisi Niamey et Ouagadougou pour sa première sortie internationale. Cette double visite, le 2 juin 2026, met fin à plus de deux années de tensions diplomatiques entre le Bénin et ses voisins sahéliens dirigés par des régimes militaires. Au-delà du symbole, elle traduit une nécessité économique pressante : rouvrir le corridor Cotonou-Niamey, poumon logistique du Niger enclavé, et redonner vie au port autonome de Cotonou, durement pénalisé par la fermeture des frontières et les sanctions de la Cédéao.
Le corridor sahélien : un poumon économique à ranimer
Après deux ans de rupture diplomatique, la visite de Romuald Wadagni à Niamey et Ouagadougou le 2 juin 2026 vise à rouvrir la route commerciale vitale entre le Bénin et le Niger.
Les régimes militaires prennent le pouvoir. La Cédéao impose des sanctions. Le Bénin ferme sa frontière terrestre avec le Niger en juillet, interrompant un flux commercial estimé à plusieurs centaines de millions de dollars par an.
Le président Patrice Talon maintient une ligne alignée sur la Cédéao, perçue comme hostile par les juntes. Le port de Cotonou, qui assurait environ 70 % du commerce extérieur nigérien, voit son trafic chuter.
Le nouveau président béninois, Romuald Wadagni, effectue sa première sortie internationale le 2 juin. Objectif : rouvrir le corridor Cotonou-Niamey et relancer l’activité du port autonome de Cotonou.
transitait par le port de Cotonou avant la fermeture des frontières en juillet 2023.
Conséquence : Le trafic du port a chuté, les opérateurs béninois subissant des pertes considérables. La réouverture du corridor est une urgence économique pour les deux pays.
Contexte : L’ancien président Patrice Talon avait maintenu une ligne alignée sur la Cédéao. Wadagni, ancien ministre de l’Économie, privilégie le pragmatisme économique.
- Urgence économique : La fermeture du corridor a pénalisé le port de Cotonou et les opérateurs béninois.
- Changement de cap : Wadagni rompt avec la ligne dure de son prédécesseur et tend la main aux régimes militaires.
- Double visite : Niamey (Niger) et Ouagadougou (Burkina Faso) le 2 juin 2026.
- Objectif : Rouvrir la route commerciale et relancer les échanges estimés à plusieurs centaines de millions de dollars par an.
La visite intervient dans un contexte où les relations entre Cotonou et les capitales sahéliennes s’étaient dégradées après les coups d’État de 2023 au Niger et au Burkina Faso. L’ancien président Patrice Talon avait maintenu une ligne alignée sur la Cédéao, organisation que les juntes considèrent comme hostile. En conséquence, la frontière terrestre entre le Bénin et le Niger avait été fermée en juillet 2023, interrompant un flux commercial estimé à plusieurs centaines de millions de dollars par an. Le port de Cotonou, qui assurait environ 70 % du commerce extérieur nigérien, a vu son trafic chuter, tandis que les opérateurs béninois subissaient des pertes considérables.
L’urgence économique dicte la réconciliation
Romuald Wadagni, ancien ministre de l’Économie et des Finances, connaît bien ces enjeux. Son pragmatisme le pousse à privilégier le terrain plutôt que les déclarations. Dès sa première semaine de mandat, il pose un acte fort : se rendre à Niamey pour rencontrer le général Tiani, puis à Ouagadougou pour s’entretenir avec le capitaine Traoré. Les signaux de bonne volonté sont réciproques. À Niamey, les artères sont pavoisées aux couleurs béninoises et Télé Sahel diffuse un reportage sur le Bénin. La délégation nigérienne, lors de l’investiture de Wadagni le 24 mai, avait déjà été chaleureusement applaudie, indiquant une volonté partagée de normalisation.
Des enjeux sécuritaires et commerciaux liés
Au-delà de l’économie, les discussions portent sur la sécurité transfrontalière. Le nord du Bénin a subi des incursions de groupes jihadistes, et une meilleure coordination avec le Niger et le Burkina Faso est indispensable. La visite ouvre la voie à des accords concrets pour sécuriser le corridor routier Cotonou-Niamey, vital pour l’approvisionnement en carburant et en marchandises du Niger. En parallèle, Ouagadougou attend du Bénin une coopération renforcée pour lutter contre l’insécurité dans la région de l’Est.
Une recomposition régionale en marche
Cette initiative béninoise s’inscrit dans un paysage régional en pleine mutation. Les régimes militaires du Sahel ont formé l’Alliance des États du Sahel (AES) et se sont retirés de la Cédéao, rejetant son cadre de sanctions. Le nouveau président béninois semble vouloir contourner le blocage institutionnel en privilégiant des relations bilatérales directes. Ce faisant, il suit une tendance observée chez d’autres dirigeants : le Togo et le Ghana ont déjà tenté de jouer les médiateurs, et le Sénégal de Bassirou Diomaye Faye a appelé à un « dialogue inclusif » lors de la 68e session de la Cédéao le 31 mai. L’arrivée de Wadagni, perçu comme plus conciliant que son prédécesseur, offre une fenêtre pour désamorcer les tensions.
Le poids des contraintes économiques internes
Le Bénin, qui ambitionne de devenir un « néo-Singapour africain », ne peut se permettre une rupture durable avec ses voisins. La fermeture de la frontière a nui à l’image de Cotonou comme hub logistique régional. Par ailleurs, le pays est confronté à une pression croissante de la dette publique, comme l’a rappelé le FMI en mai 2026. Relancer les exportations de noix de cajou et de coton vers le Sahel est une priorité pour équilibrer la balance commerciale. Cette visite, bien que symbolique, pourrait déboucher sur une réouverture rapide des frontières et une reprise des flux, bénéfique pour les deux parties.
Une dynamique qui dépasse le cadre bilatéral
La tournée de Wadagni intervient alors que la Cédéao tente de redéfinir son rôle face à l’AES. Le soutien affiché du PPA-CI de Laurent Gbagbo à l’alliance sahélienne illustre le clivage politique qui traverse la région. En restaurant le dialogue avec Niamey et Ouagadougou, le Bénin ne se contente pas de régler un contentieux bilatéral ; il envoie un signal à l’organisation sous-régionale sur la nécessité d’adapter son approche. La question qui demeure est de savoir si cette initiative bilatérale peut servir de modèle pour une normalisation plus large, ou si elle restera une exception dans un contexte de fragmentation régionale.
La visite de Romuald Wadagni au Niger et au Burkina Faso marque un tournant dans les relations entre le Bénin et les régimes militaires sahéliens. Elle illustre la primauté des intérêts économiques sur les postures politiques, mais aussi la difficulté de concilier initiatives bilatérales et cadre multilatéral. Alors que la Cédéao cherche une voie de sortie de crise, le chef de l’État béninois fait le pari du pragmatisme. Reste à voir si cette séquence inaugurera une nouvelle ère de coopération ou si elle ne fera que révéler les fractures persistantes de l’Afrique de l’Ouest.