Alors que le Sahel central connaît une recrudescence des violences et des tensions sur les ressources, le Ghana et le Burkina Faso ont réuni, du 11 au 13 juillet 2026 à Accra, les acteurs du nexus eau-énergie-alimentation autour du bassin de la Volta. Cet atelier, organisé dans le cadre du projet européen EPIC Africa, interroge la capacité des États ouest-africains à bâtir une gouvernance durable des ressources partagées dans un contexte d’insécurité grandissante et de changement climatique.
Bassin de la Volta : un laboratoire de coopération régionale
Alors que le Sahel central connaît une recrudescence des violences et des tensions sur les ressources, le Ghana et le Burkina Faso ont réuni, du 11 au 13 juillet 2026 à Accra, les acteurs du nexus eau-énergie-alimentation autour du bassin de la Volta.
Un enjeu transfrontalier qui dépasse les seuls États riverains
Le bassin de la Volta, qui s’étend sur six pays (Ghana, Burkina Faso, Bénin, Côte d’Ivoire, Mali, Togo), constitue l’un des réservoirs hydroélectriques et agricoles les plus stratégiques d’Afrique de l’Ouest. Sa gestion est depuis longtemps source de négociations techniques, mais rarement abordée sous un angle aussi holistique que celui proposé par le projet EPIC Africa. La présence de représentants du Bui Power Authority, de la Volta Basin Authority, et d’institutions de recherche néerlandaises et suédoises témoigne d’une volonté d’intégrer les dimensions scientifiques, politiques et locales.
L’atelier d’Accra, bien que focalisé sur la coopération bilatérale Ghana-Burkina, s’inscrit dans une dynamique plus large. Les chercheurs de l’Université des sciences de l’énergie et des ressources naturelles (UENR) et de l’Université technique de Delft (TU Delft) y ont présenté des modèles de planification des infrastructures qui intègrent les scénarios climatiques les plus pessimistes. Cette approche répond à une urgence : selon les dernières projections, le débit du fleuve Volta pourrait diminuer de 20 à 30 % d’ici 2050, menaçant à la fois la production électrique du barrage d’Akosombo et les cultures vivrières du bassin.
L’épineuse question de la participation citoyenne
Le projet EPIC Africa innove en donnant la parole aux communautés locales dans la définition des futurs infrastructures. « Nous créons une transition qui permet aux citoyens de coconstruire les visions d’aménagement », a expliqué le Dr Edo Abraham, coordinateur du projet. Cette approche participative ambitionne d’éviter les conflits d’usage qui ont souvent paralysé les grands projets hydroagricoles en Afrique de l’Ouest. Elle répond aussi à une défiance croissante des populations envers des décisions perçues comme imposées depuis les capitales.
Cette dimension citoyenne est d’autant plus importante que le contexte sécuritaire régional s’est dégradé depuis le début de l’année. Au Mali, des attaques à la mine et des frappes aériennes rappellent que la raréfaction des ressources peut exacerber les tensions. Le bassin de la Volta, qui traverse des zones où opèrent des groupes armés, devient un enjeu de stabilité autant qu’un enjeu économique. La coopération Ghana-Burkina apparaît alors comme un test de résilience pour l’ensemble de la région.
Une initiative qui interroge le rôle des partenaires extérieurs
Le financement de l’Union européenne et l’implication de laboratoires européens soulèvent toutefois la question de la durabilité de tels projets. Si les ateliers renforcent les capacités locales, ils dépendent encore largement des bailleurs de fonds internationaux. Les autorités ghanéennes et burkinabè devront désormais traduire ces échanges en décisions budgétaires concrètes – un défi récurrent dans les pays où le secteur agricole reste le parent pauvre des politiques publiques.
Pourtant, l’enjeu dépasse la simple gestion de l’eau. En reliant explicitement les trois piliers que sont l’eau, l’énergie et l’alimentation, le projet EPIC Africa propose un cadre qui pourrait servir de modèle pour d’autres bassins transfrontaliers du continent, du Nil au Niger. Encore faut-il que les gouvernements ouest-africains acceptent de partager des données sensibles et de coordonner leurs planifications nationales.
L’atelier d’Accra illustre une prise de conscience : les ressources naturelles ne peuvent plus être gérées en silos, surtout dans une région où l’insécurité climatique et humaine s’entremêlent. La question qui demeure est celle de l’ancrage politique de ces initiatives. Sans une volonté d’harmonisation des politiques agricoles et énergétiques entre les États de la CEDEAO, les laboratoires de recherche risquent de n’être que des bulles d’innovation sans effet systémique.