Le président ghanéen John Dramani Mahama a annoncé le 16 juillet 2026 un accord d'approvisionnement en coton avec le Bénin pour relancer la Volta Star Textile Limited, usine textile historique à l'arrêt depuis plusieurs années. Ce partenariat, qui doit être formalisé par un mémorandum d'entente, illustre la nouvelle stratégie d'industrialisation du Ghana et pose la question de la complémentarité économique au sein de la CEDEAO.

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Un retour aux sources pour Volta Star Textile

Ancien fleuron industriel de la région de la Volta, l'usine Volta Star Textile Limited a progressivement cessé ses activités faute d'un approvisionnement suffisant en coton local. Le Ghana, pourtant pays agricole, n'a jamais réussi à développer une filière cotonnière compétitive, contrairement à ses voisins sahéliens. En annonçant un accord avec le Bénin, le gouvernement Mahama fait le choix pragmatique de recourir aux excédents béninois – le Bénin étant l'un des premiers producteurs de coton d'Afrique de l'Ouest – pour réamorcer la production.

"Des dispositions sont en cours pour signer un mémorandum d'entente avec le gouvernement du Bénin afin de nous approvisionner en coton destiné à alimenter l'usine au Ghana", a déclaré John Dramani Mahama lors de la cérémonie de lancement du marché modèle de Juapong. Parallèlement, les autorités ghanéennes finalisent le choix d'un investisseur chargé de réhabiliter et moderniser le site. Un appel d'offres a déjà été évalué.

Un test pour l'intégration régionale

Au-delà du sauvetage d'une usine, cette opération incarne une nouvelle approche de l'industrialisation ouest-africaine. Longtemps, les stratégies nationales ont privilégié l'autosuffisance, mais la réalité des chaînes de valeur régionales impose des complémentarités. Le coton béninois, brut ou partiellement transformé, pourrait alimenter des unités de filature, de tissage et de confection ghanéennes, créant ainsi un corridor textile intégré. Le projet s'inscrit dans le cadre plus large du "Corridor économique d'Accra à Cotonou" évoqué par le président Mahama.

Cette coopération bilatérale contourne les lourdeurs de la CEDEAO en matière de libre-échange et d'harmonisation des normes. Elle repose sur un arrangement direct entre deux États, ce qui pourrait servir de modèle pour d'autres filières (ciment, engrais, transformation agroalimentaire).

Une stratégie sous contraintes

Cependant, la dépendance au coton béninois expose le Ghana à des aléas : fluctuation des récoltes, concurrence d'autres acheteurs (Asie, Europe), et instabilité politique dans le golfe de Guinée. Pour que le pari soit gagnant, Accra devra diversifier ses sources et, à terme, relancer sa propre production cotonnière. Les sols du nord du Ghana sont propices, mais les investissements dans l'encadrement paysan et la logistique ont longtemps fait défaut.

Reste aussi la question de la compétitivité de Volta Star Textile face aux importations massives de vêtements chinois et européens. La réhabilitation technique ne suffira pas : il faudra des mesures de protection du marché régional, un accès aux financements et une main-d'œuvre qualifiée. Le gouvernement Mahama semble miser sur l'effet d'entraînement de ce projet pour attirer d'autres investisseurs dans la vallée de la Volta.

Un signal pour l'industrialisation post-ressources

Dans un contexte où plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest (Niger, Mali, Burkina) misent sur le contrôle de leurs ressources minières (or, uranium) comme levier de souveraineté, le Ghana choisit une voie différente : la transformation locale de matières premières agricoles régionales. Cette option présente l'avantage de créer des emplois plus nombreux et plus durables que l'extraction minière, mais elle exige une coordination politique et une stabilité macroéconomique que la région peine à garantir.

La renaissance de Volta Star Textile via le coton béninois est un cas d'école pour la coopération industrielle en Afrique de l'Ouest. Si elle réussit, elle pourrait ouvrir la voie à d'autres partenariats bilatéraux, renforçant l'intégration économique par le bas. Mais les obstacles techniques et commerciaux demeurent, et la volonté politique devra être soutenue dans la durée. Le 17 juillet 2026, le pari est lancé.