La Banque africaine de développement (BAD) vient de débloquer environ 1 million d’euros pour soutenir la planification et la préparation des investissements dans le bassin transfrontalier du Mono, partagé entre le Bénin et le Togo. Ce financement, mobilisé via la Facilité africaine de l’eau, ne vise pas à construire des infrastructures immédiates mais à poser les bases techniques et stratégiques des projets à venir. Il intervient dans un contexte où les événements climatiques extrêmes se multiplient dans la région, imposant une gestion plus coordonnée des ressources hydriques.

Infographie — Économie · Bénin

Le bassin du Mono s’étend sur environ 60 000 km², irriguant des zones agricoles essentielles pour les deux pays. Mais ce territoire est aussi l’un des plus vulnérables de l’Afrique de l’Ouest : inondations récurrentes, sécheresses saisonnières, dégradation des sols et pression démographique menacent à la fois la sécurité alimentaire et l’accès à l’eau potable. Le financement de la BAD, bien que modeste en apparence, ambitionne de renverser cette fragilité en structurant une réponse durable.

L’élément clé de ce programme est l’élaboration d’un schéma directeur de gestion de l’eau. Ce document stratégique doit harmoniser les politiques entre le Bénin et le Togo — deux pays aux cadres réglementaires parfois divergents — et servir de référence pour les investissements publics et privés. La phase préparatoire est souvent négligée dans les projets de développement, mais la BAD mise ici sur l’idée que sans planification robuste, les financements ultérieurs risquent d’être inefficaces ou mal orientés.

Ce projet s’inscrit dans une tendance plus large de la BAD à privilégier les approches transfrontalières pour les ressources partagées. Le bassin du Mono rejoint ainsi d’autres initiatives comme le programme de gestion intégrée du lac Tchad ou le soutien au fleuve Sénégal. Derrière ce choix, une conviction : les défis climatiques ne s’arrêtent pas aux frontières, et une coopération régionale est indispensable pour atténuer les risques et optimiser les usages de l’eau.

Ce financement intervient alors que la CEDEAO et l’UEMOA multiplient les appels à une meilleure coordination environnementale. En mai 2026, le Nigeria a vu sa notation relevée par S&P, signe d’une amélioration macroéconomique qui pourrait faciliter des investissements régionaux. Dans ce contexte, le soutien de la BAD au bassin du Mono envoie un signal : les bailleurs de fonds sont prêts à accompagner des projets structurants, à condition que les États en améliorent la gouvernance.

Le schéma directeur attendu devra concilier les besoins agricoles, domestiques et écologiques. L’eau est un bien rare et disputé : les irrigants, les éleveurs et les populations urbaines ont des intérêts parfois contradictoires. La planification devra aussi intégrer les prévisions climatiques pour anticiper les pénuries ou les excès d’eau. C’est un exercice technique et politique délicat, qui exigera une réelle volonté de coopération entre Cotonou et Lomé.

Au-delà du bassin du Mono, cette initiative illustre l’évolution des priorités des bailleurs en Afrique de l’Ouest : après des décennies de projets d’infrastructures lourdes, l’accent est désormais mis sur la préparation et la planification. Reste à voir si ce financement modeste mais ciblé parviendra à catalyser les investissements plus massifs nécessaires pour sécuriser l’avenir hydrique de la région.