Le 25 juin 2026, le Mali annonçait une enveloppe record de 164,39 milliards FCFA pour sa campagne agricole, visant 11,92 millions de tonnes de céréales. Quelques jours plus tôt, à Abidjan, l’experte Constance Konan poursuivait ses travaux de modernisation de la filière anacarde, avec des ramifications au Bénin, au Ghana, au Burkina Faso et au Nigeria. Ces deux événements, éloignés en apparence, révèlent une même dynamique : la montée en puissance des stratégies de souveraineté alimentaire en Afrique de l’Ouest, portée par des réformes sectorielles et des investissements sans précédent.

Infographie — Anacarde

L’anacarde comme laboratoire de la modernisation agricole

Depuis plus de vingt ans, Constance Konan incarne une nouvelle génération d’experts qui font le lien entre les politiques publiques et le terrain. Consultante auprès de plusieurs organisations internationales, elle participe à la réforme de la filière anacarde en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de noix de cajou. Mais son action dépasse les frontières ivoiriennes : elle coordonne des initiatives régionales visant à moderniser les systèmes d’information sur les marchés agricoles au Bénin, au Ghana, au Burkina Faso et au Nigeria. Cette approche régionale est cruciale dans un contexte où les chaînes de valeur agricoles sont de plus en plus interconnectées. La digitalisation des données de marché, qu’elle promeut via des plateformes d’aide à la décision, permet aux producteurs de mieux négocier les prix et d’anticiper les fluctuations. C’est un levier de transparence qui, à terme, renforce le pouvoir de négociation des petits exploitants face aux acheteurs internationaux.

Des formations aux coopératives : l’humain au cœur de la transformation

Au-delà des outils numériques, Constance Konan insiste sur la formation et l’accompagnement des coopératives. Elle anime des ateliers, conseille des PME et facilite le dialogue entre administrations et organisations professionnelles. Cette dimension humaine est souvent négligée dans les grands projets de développement, mais elle est essentielle pour assurer l’appropriation des réformes par les acteurs locaux. Dans le secteur de l’anacarde, où la transformation locale reste faible (moins de 15 % de la production en Côte d’Ivoire en 2025), la professionnalisation des opérateurs est un préalable pour augmenter la valeur ajoutée. Les efforts de Mme Konan s’inscrivent dans une tendance plus large : depuis 2023, plusieurs pays ouest-africains ont adopté des stratégies nationales de transformation des noix de cajou, avec des objectifs de traitement local de 50 % à l’horizon 2030.

Le pari malien : un budget record pour l’autosuffisance céréalière

Parallèlement, le Mali a choisi de miser sur les céréales pour réduire sa dépendance alimentaire. Le 25 juin, le gouvernement a dévoilé un budget agricole de 164,39 milliards FCFA pour la campagne 2026-2027, en hausse de 2 % par rapport à l’année précédente. Ce montant inclut le maintien des subventions aux intrants, l’amélioration de l’accompagnement des producteurs et des investissements dans les infrastructures. L’objectif de production de 11,92 millions de tonnes de céréales, un record, témoigne d’une ambition forte. Le choix du lancement dans la zone de l’Office du Niger, symbolique, indique une volonté de transformation structurelle : le passage de simples périmètres irrigués à un véritable agropole industriel. Le thème de la campagne, « Renouveau de l’Office du Niger », reflète cette vision.

Un contexte régional de résilience alimentaire

Ces initiatives ne sont pas isolées. Elles s’inscrivent dans le cadre du Programme de Résilience du Système Alimentaire en Afrique de l’Ouest (FSRP), qui déploie 130 milliards FCFA sur six ans au Sénégal, et dans les efforts de la Guinée pour devenir une puissance agricole. La convergence des actions – réforme de filières de rente (anacarde) et relance des cultures vivrières (céréales) – montre que les États ouest-africains cherchent à concilier insertion dans les marchés mondiaux et sécurité alimentaire locale. Cette double approche est d’autant plus nécessaire que la région est confrontée à des chocs climatiques récurrents et à une volatilité des prix internationaux. Les données de marché, comme celles promues par Constance Konan, deviennent des outils de pilotage stratégique pour anticiper ces risques.

Les défis d’une souveraineté à construire

Malgré ces avancées, des obstacles persistent. La dépendance aux intrants importés, l’accès limité au crédit pour les petits agriculteurs et les infrastructures de stockage insuffisantes freinent la montée en puissance des filières. Au Mali, l’insécurité dans certaines zones rurales pourrait compromettre l’atteinte des objectifs de production. Dans la filière anacarde, la concurrence asiatique (Viêt Nam, Inde) et les barrières non tarifaires compliquent l’accès aux marchés transformés. La souveraineté alimentaire ne se décrète pas : elle se construit par des réformes cohérentes, un financement durable et une coordination régionale renforcée.

Les réformes en cours dans l’anacarde et les céréales illustrent une prise de conscience collective : la souveraineté alimentaire ouest-africaine passe par la modernisation des chaînes de valeur, qu’elles soient destinées à l’exportation ou à la consommation locale. Mais cette ambition se heurte à la réalité de marchés globaux dominés par des acteurs puissants et à des fragilités structurelles internes. La question n’est plus de savoir si les États veulent agir, mais comment ils parviendront à articuler ces différentes stratégies pour créer un système alimentaire régional résilient, inclusif et compétitif. La réponse se jouera dans les prochaines campagnes agricoles, entre les promesses des budgets et leur mise en œuvre sur le terrain.