Les arrivages de cacao dans les ports ivoiriens atteignent près de 2 millions de tonnes au 16 août, en hausse de 20,8 % sur un an. Parallèlement, un financement garanti de 20 millions USD doit développer une usine de transformation d'anacarde à Toumodi. Deux signes d'une même stratégie : la transformation locale comme levier de valeur ajoutée, alors que la région cherche à s'affranchir de l'exportation de matières premières brutes.

Infographie — Cacao

Une campagne cacaoyère exceptionnelle en Côte d'Ivoire

La campagne cacaoyère 2025/2026 qui s'achève confirme une dynamique particulièrement favorable pour la Côte d'Ivoire, premier producteur mondial. Les arrivages de fèves dans les ports d'Abidjan et de San Pedro ont atteint environ 1,99 million de tonnes au 16 août, contre 1,65 million à la même période de la campagne précédente. Ce surplus de 343 000 tonnes, soit une hausse de 20,8 %, traduit une offre abondante, malgré un ralentissement hebdomadaire récent (4 000 tonnes entre le 10 et le 16 août, contre 10 000 tonnes l'an dernier). Cette évolution s'inscrit dans une tendance régionale : les sources scrapées en juin et juillet 2026 montraient déjà des cours du cacao en hausse au Cameroun, et la création de l'Alliance pour la valorisation du cacao lors du sommet d'Abuja le 14 juillet 2026, réunissant Cameroun, Côte d'Ivoire, Ghana et Nigeria. La progression des volumes ivoiriens renforce la position de leader du pays, mais soulève aussi la question de la capacité de transformation locale pour capter davantage de valeur.

L'anacarde, nouvel axe de transformation industrielle

Le 19 août 2026, GuarantCo a validé une garantie couvrant un financement de 20 millions USD pour Robust International, destiné à développer une usine de transformation de noix de cajou à Toumodi, d'une capacité de 15 000 tonnes par an, ainsi que des centres d'agrégation à Bouaké et Toumodi. Ce mécanisme, qui couvre à 100 % le risque de défaut jusqu'à 23 millions USD, illustre l'engagement des autorités ivoiriennes à augmenter la part de l'anacarde transformé localement. En 2023, la Côte d'Ivoire a produit environ 1,2 million de tonnes de noix brutes et généré plus de 800 millions de dollars de recettes d'exportation, mais les capacités de transformation restent inférieures au potentiel. L'accès au financement, notamment pour constituer des stocks pendant la campagne, demeure un frein majeur pour les transformateurs. Ce projet s'inscrit dans le plan national de transformation structurelle, évoqué dans le PND 2026-2030, qui vise à diversifier l'économie et à réduire la dépendance aux exportations de matières premières.

Une double stratégie pour la valeur ajoutée

Le contraste entre les deux filières est frappant : le cacao, dont les volumes exportés progressent fortement, et l'anacarde, où l'effort porte sur la transformation locale. Cette dualité révèle une évolution des priorités : alors que la campagne cacaoyère actuelle bat des records, les investissements se dirigent vers l'aval de la chaîne de valeur. La transformation de l'anacarde, moins avancée que celle du cacao, bénéficie d'un soutien financier international, signe que les bailleurs de fonds accompagnent cette stratégie. À l'échelle régionale, le Ghana, le Nigeria et le Cameroun, également engagés dans des dynamiques similaires, pourraient suivre cet exemple. La Côte d'Ivoire, en misant sur l'industrialisation de ses filières agricoles, cherche à créer des emplois et à stabiliser les revenus des producteurs, tout en réduisant sa vulnérabilité aux fluctuations des cours internationaux.

Une dynamique régionale plus large

Cette double évolution s'inscrit dans un contexte plus large de transformation structurelle en Afrique de l'Ouest. Le sommet d'Abuja du 14 juillet 2026, qui a créé l'Alliance pour la valorisation du cacao, montre que les pays producteurs cherchent à coordonner leurs stratégies pour peser davantage sur les marchés mondiaux. Parallèlement, d'autres filières comme le caoutchouc naturel ou l'arachide (dont les cours d'exportation au Sénégal sont suivis de près) font l'objet d'initiatives similaires. La question du financement reste centrale : les garanties comme celle de GuarantCo permettent de débloquer des capitaux privés, mais les besoins demeurent immenses pour moderniser les infrastructures et soutenir les transformateurs locaux. La volatilité des prix des matières premières, rappelée par les fluctuations hebdomadaires des arrivages de cacao, incite les États à diversifier leurs sources de revenus et à renforcer leur résilience économique.

La Côte d'Ivoire, en combinant une production cacaoyère record et un investissement dans la transformation de l'anacarde, illustre une tendance régionale vers l'industrialisation des filières agricoles. Alors que les cours de l'or en Afrique de l'Ouest et d'autres matières premières restent soumis aux aléas du marché, la capacité des pays à transformer localement leurs productions déterminera leur insertion dans les chaînes de valeur mondiales. Reste à savoir si cette dynamique pourra s'étendre à d'autres filières et à d'autres pays de la région, et si les mécanismes de financement suivront le rythme des ambitions affichées.