Le 16 juin 2026, les présidents Alassane Ouattara et John Dramani Mahama ont ouvert à Abidjan le sommet de l'Initiative Cacao, réunissant les deux premiers producteurs mondiaux. Face à la volatilité des cours, au vieillissement des plantations et aux exigences de traçabilité, ils ont appelé à une mutualisation renforcée et à la création d'une coalition africaine du cacao. Ce sommet intervient un mois après des tensions chez les producteurs ivoiriens, qui réclamaient une hausse du prix garanti.

Infographie — Cacao

Des défis structurels enfin pris à bras-le-corps

Le discours d'Alassane Ouattara a dressé un inventaire sans concession des maux qui rongent la filière cacao ivoiro-ghanéenne. Volatilité des prix internationaux, effets du changement climatique, plantations vieillissantes, orpaillage illégal et pressions des normes de durabilité : autant de facteurs qui menacent la pérennité d'une filière représentant 60 % de l'offre mondiale. L'appel à une action concertée n'est pas nouveau, mais le contexte de mai 2026, marqué par des mobilisations de producteurs dans la région de la Nawa pour une revalorisation du prix d'achat, a donné une urgence nouvelle à cette rencontre.

La question de la transformation locale comme levier de souveraineté

Ouattara a insisté sur la nécessité d'intensifier la transformation locale du cacao, un chantier récurrent mais peu avancé. Actuellement, moins de 30 % du cacao ivoirien est transformé sur place, et la majeure partie part en fèves vers l'Europe et l'Asie. L'objectif affiché est de capter davantage de valeur ajoutée en développant la production de beurre, poudre et chocolat, et en promouvant la consommation africaine. Ce virage industriel nécessite des investissements lourds en infrastructure et en formation, mais aussi des débouchés régionaux. L'initiative prévoit de créer une marque commune pour le cacao africain, à l'instar du café de spécialité.

Une coalition africaine pour peser dans la gouvernance mondiale

Le projet de coalition africaine du cacao, évoqué par le chef de l'État ivoirien, vise à unir les producteurs du Nigeria, du Cameroun, du Ghana et de la Côte d'Ivoire pour peser face aux acheteurs internationaux. Cette idée fait écho aux tentatives passées, comme l'Alliance des pays producteurs de cacao (COPAL), qui s'est essoufflée. Mais le contexte actuel, marqué par la mise en œuvre du règlement européen contre la déforestation et la montée des exigences de durabilité, pourrait donner un nouvel élan à une coordination continentale. Les deux présidents ont convenu de renforcer le mécanisme de stabilisation des prix, qui avait permis d'instaurer un différentiel de revenu décent (DRD) en 2019, mais dont l'application a été fragilisée par la baisse des cours en 2023-2024.

Les producteurs au centre du dispositif ?

Ouattara a rappelé que le planteur doit être au cœur de toutes les politiques. Or, les revendications entendues en mai 2026 dans la Nawa témoignent d'un fossé persistant entre les discours et la réalité : malgré le DRD, les producteurs estiment que le prix garanti (1 800 FCFA/kg en 2025-2026) reste insuffisant face à la hausse des coûts des intrants et de la main-d'œuvre. L'initiative prévoit des mécanismes de traçabilité et de certification qui, s'ils peuvent améliorer l'accès au marché européen, risquent aussi d'exclure les petits planteurs non organisés. Le défi est donc d'articuler durabilité environnementale et justice sociale.

Un sommet dans un contexte de recomposition des équilibres mondiaux

Cette initiative intervient alors que les négociations commerciales sino-américaines patinent (comme le mentionnent les alertes de mai 2026) et que la demande asiatique de cacao ralentit. Parallèlement, l'Union européenne renforce ses exigences de traçabilité avec le règlement sur la déforestation, obligeant les producteurs à prouver que leurs fèves ne proviennent pas de zones déboisées après 2020. La Côte d'Ivoire et le Ghana, qui ont déjà adopté des systèmes nationaux de traçabilité, pourraient en faire un argument commercial et exiger un prix premium. La réussite de l'Initiative Cacao dépendra de sa capacité à transformer ces contraintes en opportunités, tout en maintenant la cohésion sociale dans les zones de production.

Au-delà du cacao, ce sommet illustre une tendance plus large en Afrique de l'Ouest : la volonté des États de reprendre la main sur des filières stratégiques, face à des marchés mondiaux instables et des normes extérieures contraignantes. La création d'une coalition africaine du cacao pourrait servir de modèle pour d'autres produits, comme le coton ou l'arachide, où des initiatives similaires sont en gestation. Reste à savoir si cette ambition politique se traduira en mesures concrètes et en amélioration tangible pour les millions de petits producteurs qui font vivre la filière.