Le 16 juin 2026, Alassane Ouattara et John Dramani Mahama ont présidé à Abidjan un sommet dédié à l'Initiative Cacao Côte d’Ivoire-Ghana. À l'issue des échanges, les deux chefs d'État ont annoncé une série de mesures destinées à renforcer la coordination entre les deux premiers producteurs mondiaux de cacao. Cette nouvelle étape intervient alors que le cours du cacao connaît des fluctuations importantes et que les petits producteurs peinent à tirer profit de la filière.

Infographie — Cacao

La rencontre du 16 juin s'inscrit dans le prolongement des efforts entrepris depuis 2018, lorsque Abidjan et Accra avaient créé l'Initiative Cacao pour peser sur la formation des prix. Si l'instauration d'un différentiel de revenu décent (DRD) de 400 dollars par tonne en 2019 avait marqué un premier succès, sa mise en œuvre s'est heurtée à la résistance des grands acheteurs et aux aléas climatiques. Aujourd'hui, les deux capitales entendent franchir un nouveau cap en harmonisant leurs politiques de commercialisation et en mutualisant leurs stocks.

Le sommet d'Abidjan intervient dans un contexte de tensions sur le marché mondial. Après une flambée des cours en 2024 et 2025, due à des récoltes déficitaires au Ghana et en Côte d'Ivoire, les prix ont amorcé un repli en début d'année 2026 sous l'effet d'une amélioration des perspectives de production. Cette volatilité nuit à la prévisibilité des revenus des producteurs, dont beaucoup vivent sous le seuil de pauvreté. La décision de renforcer le cartel vise à lisser ces variations et à maintenir un prix plancher pour les fèves.

Les nouvelles mesures adoptées portent sur trois axes principaux. D'abord, un système d'échange d'informations en temps réel sur les volumes récoltés et vendus, afin d'éviter les ventes parallèles qui fragilisent le DRD. Ensuite, la création d'un fonds de stabilisation commun, alimenté par une contribution des exportateurs, pour intervenir en cas de chute brutale des cours. Enfin, le lancement d'une plateforme de vente conjointe pour les contrats à terme, destinée à accroître le pouvoir de négociation face aux multinationales.

Cette initiative intervient alors que la Chine a récemment supprimé ses droits de douane sur les importations en provenance de 53 pays africains, dont la Côte d'Ivoire et le Ghana, comme l'a rapporté l'AIP le 2 juin 2026. Cette mesure ouvre un débouché prometteur pour le cacao transformé, mais nécessite une montée en gamme de l'industrie locale. Les deux pays misent sur une stratégie de transformation accrue pour capter davantage de valeur ajoutée, en phase avec les objectifs de l'Initiative Cacao.

Face à ce renforcement de la coordination, les réactions sont contrastées. Les courtiers internationaux redoutent une rigidification du marché qui pourrait réduire leur marge de manœuvre. À l'inverse, les organisations de producteurs saluent une avancée pour la souveraineté économique des deux nations. Reste que la réussite de ce nouveau tournant dépendra de la capacité des autorités à faire respecter les règles – notamment via des contrôles renforcés aux frontières – et à intégrer les petits planteurs, souvent exclus des mécanismes officiels.

La question du financement demeure centrale. Le fonds de stabilisation devra être doté de ressources suffisantes pour être crédible, tandis que la plateforme de vente conjointe nécessite des investissements technologiques importants. Les discussions en cours avec la Banque africaine de développement, qui a publié en mai 2026 un rapport sur les chaînes de valeur intégrées, pourraient déboucher sur un appui institutionnel. Par ailleurs, le sommet de la CEDEAO sur les matières premières, prévu en juillet à Accra, devrait permettre d'élargir le modèle à d'autres filières.

Au-delà du cacao, cette initiative illustre une tendance plus large en Afrique de l'Ouest : la volonté des États producteurs de reprendre le contrôle des chaînes de valeur stratégiques, à l'image de ce que tentent les pays miniers avec l'or ou le lithium. Le succès du cartel ivoiro-ghanéen pourrait ainsi servir de précédent pour d'autres commodités, renforçant la position de la région dans le commerce mondial.

L'évolution de l'Initiative Cacao Côte d'Ivoire-Ghana sera scrutée de près par les acteurs de la filière, mais aussi par d'autres pays producteurs africains tentés par des stratégies similaires. La capacité des deux géants du cacao à concilier intérêts des planteurs, impératifs budgétaires et réalités du marché déterminera la portée de ce nouveau tournant.