Le 16 juin 2026, Alassane Ouattara et John Dramani Mahama ont coprésidé à Abidjan un sommet de haut niveau consacré à l’« Initiative Cacao » Côte d’Ivoire – Ghana, huit ans après la Déclaration d’Abidjan de mars 2018. Réaffirmant leur volonté commune d’exercer un pouvoir de marché cohérent, les deux chefs d’État ont rappelé que leurs pays concentrent plus de 60 % de la production mondiale et près de 80 % de celle du continent africain, faisant de cette filière un enjeu majeur de souveraineté économique et de stabilité sociale.
Souveraineté des producteurs : le poids Côte d’Ivoire – Ghana
Les deux pays concentrent l’essentiel de l’offre mondiale. Huit ans après la Déclaration d’Abidjan (2018), le sommet de 2026 réaffirme leur volonté de peser sur les cours.
Réaffirmation de la volonté commune d’exercer un pouvoir de marché cohérent
— Sommet Abidjan 2026 · Ouattara & MahamaUn bilan en demi-teinte de l’Initiative Cacao
Le sommet d’Abidjan a permis de dresser le bilan des huit années écoulées depuis la première Déclaration commune. L’instauration du Différentiel de revenu décent (DRD) a constitué une avancée majeure, donnant aux deux pays un levier concret pour influencer les cours mondiaux. Ce mécanisme, qui ajoute une prime fixe au prix du cacao, a prouvé l’efficacité d’une action concertée des deux premiers producteurs mondiaux. Pourtant, les résultats restent en deçà des attentes : la volatilité des prix n’a pas disparu, et les planteurs continuent de subir les fluctuations d’un marché dominé par quelques multinationales.
Les défis structurels pointés par Ouattara
Dans son discours d’ouverture, Alassane Ouattara a insisté sur les menaces qui pèsent sur la pérennité de la filière. Le changement climatique modifie les cycles de production et accroît la pression parasitaire. Le vieillissement des vergers – beaucoup de cacaoyers ont plus de vingt ans – réduit les rendements. Les maladies du cacaoyer, comme le swollen shoot, gagnent du terrain. Enfin, l’orpaillage illégal grignote les terres agricoles, créant une concurrence directe avec la culture du cacao. Ces facteurs conjugués fragilisent la base productive et compromettent l’objectif de sécurisation des revenus.
Le planteur, au centre des préoccupations
« C’est lui qui, par son travail quotidien, nourrit l’industrie mondiale du chocolat », a déclaré le président ivoirien, plaçant le producteur au cœur de la stratégie. Cette insistance traduit une prise de conscience : les réformes institutionnelles, aussi nécessaires soient-elles, n’ont de sens que si elles améliorent concrètement les conditions de vie des millions de familles qui dépendent du cacao. Le sommet a ainsi réaffirmé la nécessité de mieux rémunérer les planteurs, de leur garantir un revenu décent et de les protéger contre les chocs exogènes.
Une coopération à consolider face à des enjeux globaux
Au-delà du renforcement du DRD, les deux présidents ont évoqué la nécessité d’investir dans la recherche agronomique, la replantation et la lutte contre la déforestation. La pression internationale pour un cacao « durable » impose des normes environnementales et sociales de plus en plus strictes. La Côte d’Ivoire et le Ghana doivent donc concilier impératifs de productivité, respect des engagements climatiques et justice sociale. La feuille de route issue du sommet prévoit un suivi semestriel des actions et la création d’un fonds commun de soutien à la filière.
Une dynamique régionale à surveiller
Ce sommet s’inscrit dans un contexte plus large de volonté de souveraineté économique en Afrique de l’Ouest. D’autres filières stratégiques – coton, arachide, huile de palme – cherchent des modèles de coordination similaires. L’expérience du cacao pourrait servir de laboratoire pour une diplomatie agricole régionale. Mais les obstacles restent nombreux : divergences d’intérêts entre pays, poids des intermédiaires et exigences des marchés internationaux.
Le sommet d’Abidjan de juin 2026 montre que la voie de la souveraineté cacaoyère est encore longue. Si l’Initiative Cacao a posé des jalons importants, les défis climatiques, sanitaires et fonciers exigent une action continue et coordonnée. L’enjeu n’est pas seulement économique : il touche à l’équilibre social et territorial de deux nations où le cacao est bien plus qu’une culture de rente.