Le gouvernement malien a annoncé le 23 avril le rachat de 26 030 tonnes de riz invendu auprès des producteurs locaux, une opération destinée à soutenir la filière et à stabiliser le marché en période de soudure. Cette intervention illustre les difficultés récurrentes du riz local à concurrencer les importations asiatiques, moins chères et souvent jugées de meilleure qualité. Elle soulève des questions sur l'efficacité des politiques de souveraineté alimentaire en Afrique de l'Ouest.

Au Mali, comme dans plusieurs pays de la sous-région, la production rizicole locale peine à s'imposer face aux importations. Avec des coûts de production élevés, liés notamment au prix des intrants, à l'irrigation et à la transformation, le riz malien est souvent plus cher que le riz thaïlandais ou vietnamien. Résultat : des stocks invendus s'accumulent chez les producteurs et les transformateurs, fragilisant toute la chaîne de valeur. Le rachat par l'État de 26 030 tonnes via l'Office des Produits Agricoles du Mali, financé par une subvention, est une mesure d'urgence qui masque des déséquilibres structurels.

Cette situation n'est pas propre au Mali. Au Sénégal et au Ghana, des problèmes similaires ont conduit les gouvernements à multiplier les interventions : subventions à la consommation, restrictions temporaires sur les importations, incitations à l'achat de riz local par les institutions publiques. Pourtant, ces mesures peinent à inverser la tendance. Au Sénégal, malgré une subvention de 50 francs CFA par kilogramme, les producteurs continuent de faire face à des invendus. Cela révèle un défi majeur : comment rendre le riz local compétitif sans protectionnisme excessif, tout en respectant les engagements commerciaux régionaux et internationaux ?

La décision malienne intervient dans un contexte de tensions sur les marchés mondiaux et de volatilité des prix des denrées de base. La guerre en Ukraine, les perturbations des chaînes d'approvisionnement et les politiques d'exportation de certains pays asiatiques ont rappelé la vulnérabilité des pays ouest-africains dépendants des importations. La CEDEAO a fixé des objectifs ambitieux de réduction des importations de riz, mais leur réalisation se heurte à la réalité du marché. La production locale progresse, mais pas assez vite pour combler l'écart de compétitivité.

Au-delà de l'aspect conjoncturel, le rachat public de riz invendu pose la question du rôle de l'État dans la filière. Est-il un filet de sécurité temporaire ou un acteur permanent ? Le risque est d'installer une dépendance des producteurs aux subventions et aux achats publics, sans résoudre les causes profondes : faiblesse des infrastructures de stockage et de transformation, accès limité au crédit, fragmentation des exploitations, et manque de coordination entre les acteurs. Le Mali et ses voisins doivent trouver un équilibre entre protection du marché intérieur et ouverture compétitive.

Enfin, cette affaire met en lumière la complexité de la souveraineté alimentaire en Afrique de l'Ouest. Produire plus ne suffit pas : il faut produire mieux et à moindre coût, tout en développant des chaînes de valeur efficaces. Les initiatives comme le rachat public peuvent soulager à court terme, mais elles ne remplacent pas une stratégie à long terme intégrant recherche agronomique, amélioration des semences, mécanisation et accès aux marchés régionaux.

Le rachat de riz par l'État malien est un révélateur des tensions qui traversent la filière rizicole ouest-africaine. Alors que la région ambitionne de réduire sa dépendance aux importations, ce type d'intervention montre que la route est encore longue. L'équation entre compétitivité, soutien aux producteurs et stabilité des prix reste à résoudre, dans un environnement marqué par des chocs externes et des contraintes internes. La capacité des gouvernements à transformer ces mesures d'urgence en réformes structurelles déterminera l'avenir de la souveraineté alimentaire régionale.