Le 25 juin 2026, le gouvernement malien a lancé la campagne agricole 2026-2027 à Ségou, avec une enveloppe de 164,39 milliards FCFA et un objectif de 11,92 millions de tonnes de céréales, en hausse de 2 % sur un an. Dans le même temps, le Brésil, dépendant à 92 % des importations d'engrais, active ses circuits diplomatiques avec le Maroc pour garantir ses approvisionnements. Ces deux événements, en apparence éloignés, éclairent une même réalité : la quête de souveraineté alimentaire dans un contexte de tensions sur les intrants et de reconversion des grands périmètres irrigués.

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Le Mali a prévu 164,39 milliards de FCFA pour la campagne 2026-2027, soit une augmentation d'environ 2 % par rapport à l'exercice précédent. Ce budget couvre les subventions aux engrais, semences, biostimulants et appuis aux filières. L'objectif national de production céréalière est fixé à 11,92 millions de tonnes, contre une récolte provisoire de 11,45 millions de tonnes l'an dernier. L'effort budgétaire illustre la priorité accordée à l'agriculture dans un pays confronté à l'insécurité alimentaire dans certaines régions.

La transformation de l'Office du Niger en agropole industriel

Le lancement a eu lieu dans la zone de l'Office du Niger, à Ségou, sous le thème « Renouveau de l'Office du Niger, de périmètre irrigué à l’agropole industrielle ». Ce périmètre, l'un des plus vastes d'Afrique de l'Ouest avec environ 100 000 hectares irrigués par gravité depuis le barrage de Markala, constitue le grenier à riz du Mali. La campagne y prévoit la mise en valeur de 143 000 hectares en saison et contre-saison, avec des objectifs de 930 000 tonnes de riz paddy, 395 000 tonnes de produits maraîchers et 112 000 tonnes de cultures sèches. Des batteuses de riz ont été remises aux organisations paysannes pour réduire les pertes post-récolte, signe d'une volonté d'améliorer la productivité et la transformation locale.

La diplomatie des engrais : le Brésil et le Maroc

Parallèlement, le Brésil a ouvert des pourparlers avec Rabat, Moscou et Pékin pour sécuriser ses approvisionnements en engrais pour la campagne 2026-2027. En 2025, le pays a importé 45,5 millions de tonnes d'engrais, couvrant 92 % de ses besoins, pour un coût de 14,5 milliards de dollars. Le Maroc figure parmi ses cinq premiers fournisseurs, notamment pour les phosphates, dont le Brésil importe 57 % de sa consommation. Cette dépendance extérieure a poussé Brasília à placer le dossier sous l'autorité directe de la présidence, avec un projet de stock stratégique encore bloqué par des autorisations environnementales.

Des liens indirects mais structurants pour l'Afrique de l'Ouest

Si le Mali n'est pas directement partie prenante de ces négociations, la dynamique du marché mondial des engrais le concerne au premier chef. Les subventions aux intrants représentent une part importante du budget malien, mais les prix internationaux des matières premières – phosphate, potasse, azote – influent sur le coût réel des engrais subventionnés. En 2025, la dépendance du Brésil a atteint 92 %, et celle de l'Afrique de l'Ouest est tout aussi élevée pour certains nutriments. Les tensions sur le marché mondial des engrais, accentuées par les crises géopolitiques, rappellent que la souveraineté alimentaire ne se décrète pas : elle se construit sur une chaîne de valeur maîtrisée, de l'intrant à la transformation.

Comparaison avec les initiatives régionales

En mai 2026, le Sénégal lançait le Programme de Résilience du Système Alimentaire (FSRP) avec une enveloppe de 130 milliards FCFA sur six ans, soit une moyenne annuelle bien inférieure au seul budget malien pour 2026-2027. Cette différence de temporalité et d'échelle reflète deux approches : l'investissement massif immédiat malien dans un contexte de sécurité alimentaire tendu, et la stratégie sénégalaise de résilience étalée dans le temps. Toutes deux butent cependant sur la même contrainte : l'accès aux intrants dans un marché mondial volatil.

Ces deux actualités, a priori sans lien, révèlent les multiples facettes de la souveraineté alimentaire en Afrique de l'Ouest. D'un côté, les États tentent de renforcer leur production par des budgets records et la modernisation des périmètres irrigués. De l'autre, la dépendance aux importations d'engrais reste un talon d'Achille que même les grandes puissances agricoles comme le Brésil peinent à surmonter. Pour les pays ouest-africains, la question n'est plus seulement de produire plus, mais de sécuriser l'ensemble de la chaîne, de la diplomatie des intrants à la transformation locale, en passant par l'irrigation et la mécanisation.