Le Bénin entend porter sa production de coton graine à 700 000 tonnes lors de la campagne 2026/2027, soit une hausse de 8 % par rapport à la récolte précédente. Cette annonce, faite le 23 avril par le ministre de l'Agriculture Gaston Dossouhoui, intervient alors que le Mali, son principal concurrent régional, table sur une production plus modeste de 650 000 tonnes. Au-delà de la compétition entre les deux pays, cet objectif interroge sur la capacité de la filière à maintenir des standards de qualité tout en augmentant les volumes.
L'objectif de 700 000 tonnes de coton graine pour 2026/2027, dévoilé lors du lancement de la campagne agricole à Komiguéa, dans le nord du Bénin, s'appuie sur une récolte 2025/2026 estimée à 647 290 tonnes sur 510 897 hectares. Si ce chiffre se concrétise, le Bénin creuserait l'écart avec le Mali, qui a annoncé en mars dernier une prévision de 650 000 tonnes pour la même période. Cette dynamique confirme la montée en puissance du Bénin comme premier fournisseur de coton en Afrique de l'Ouest, une région qui concentre l'essentiel de la production cotonnière du continent.
Sur le plan économique, la filière cotonnière est cruciale pour le Bénin : elle constitue le principal produit agricole d'exportation. En 2025, les expéditions de coton non cardé ni peigné ont généré 223,5 milliards de francs CFA (environ 398 millions de dollars), selon l'Institut national de la statistique et de la démographie. Une hausse de la production pourrait donc accroître les recettes d'exportation, à condition que les prix mondiaux restent favorables. Toutefois, les cours du coton sont soumis à des fluctuations liées à la demande chinoise, aux stocks mondiaux et aux politiques commerciales.
Pour atteindre ce volume, le Bénin devra relever plusieurs défis. L'extension des surfaces cultivées, non encore précisée pour 2026/2027, devra s'accompagner de pratiques durables pour éviter l'épuisement des sols et préserver la qualité de la fibre. Par ailleurs, le pays mise sur l'amélioration des rendements et l'accès aux intrants, dans un contexte où le coton béninois bénéficie déjà d'une bonne réputation sur le marché international, notamment pour sa production certifiée durable.
La compétition avec le Mali, deuxième producteur ouest-africain, reste un élément structurant. Le Mali a historiquement dominé la filière, mais des difficultés sécuritaires et organisationnelles ont freiné sa production ces dernières années. Le Bénin, de son côté, a su attirer des investissements et moderniser sa filière, notamment via le Programme régional de production intégrée du coton en Afrique (PR-PICA). Cependant, une augmentation rapide des volumes pourrait aussi créer des tensions sur les prix locaux et les capacités de transformation.
Enfin, les prévisions annoncées ne sont pas des certitudes : elles dépendent des aléas climatiques, de la disponibilité des intrants et du comportement des producteurs. La campagne 2025/2026 avait déjà vu une hausse de la production, mais les rendements à l'hectare restent variables. Le Bénin devra maintenir un équilibre entre volumes et qualité pour conserver son avantage concurrentiel, alors que d'autres pays comme la Côte d'Ivoire ou le Burkina Faso cherchent également à accroître leur part de marché.
L'ambition béninoise de 700 000 tonnes illustre la recomposition en cours de la filière coton en Afrique de l'Ouest, où les équilibres entre pays producteurs évoluent rapidement. Mais au-delà des volumes, c'est la capacité à intégrer la transformation locale et à répondre aux exigences de durabilité qui dictera la pérennité des performances à l'export. Le pari béninois repose autant sur l'augmentation des récoltes que sur la consolidation d'une filière résiliente face aux chocs globaux.