En mars 2026, la FIFA et l’OMC ont annoncé que l’Afrique de l’Ouest fabriquerait une partie des maillots de la Coupe du monde 2026. Les premiers prototypes, confectionnés dans la zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ) au Bénin, ont été dévoilés à Yaoundé lors du forum d’affaires précédant la Conférence ministérielle de l’OMC. Ce contrat marque une avancée concrète du « Partenariat pour le coton », lancé en 2022 entre les deux organisations et les pays du C4+ (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Mali et Tchad), visant à industrialiser l’« or blanc » régional. Mais au-delà du symbole, ce projet révèle les ambitions et les fragilités d’une filière en pleine mutation.

Infographie — Coton

Le symbole d’une ambition

L’annonce a été saluée comme un tournant par les acteurs du secteur. « Voir des équipes porter des maillots intégralement produits en Afrique de l’Ouest, dans des usines locales, à partir du coton local, est un beau symbole », s’est félicité Sidi Mohamed Kagnassi, propriétaire d’Ivoire Coton, lors du dévoilement des prototypes. Ce partenariat, soutenu par la Banque africaine de développement (BAD) et Afreximbank, ambitionne de donner aux pays du C4+ la maîtrise de l’ensemble de la chaîne de valeur : production, transformation, exportation. Jusqu’à présent, la région exportait l’essentiel de son coton brut, perdant la valeur ajoutée générée par la confection. La Coupe du monde 2026, événement planétaire, offre une vitrine inespérée pour inverser cette logique.

De la matière première au produit fini

Le choix de la GDIZ béninoise n’est pas anodin. Cette zone industrielle, inaugurée en 2021, est le fer de lance de la politique de transformation locale du coton au Bénin. Elle doit permettre de passer d’une économie de cueillette à une économie de fabrication. Les prototypes présentés à Yaoundé sont le fruit d’un travail mené avec des partenaires techniques internationaux pour répondre aux normes exigeantes de la FIFA. Reste que le passage à l’échelle industrielle impose des investissements massifs : machines, formation, approvisionnement régulier en coton de qualité. Les pays du C4+ produisent ensemble plus d’un million de tonnes de coton par an, mais leur capacité de transformation ne dépasse pas 10 %. L’objectif du partenariat est de porter ce taux à 30 % d’ici 2030.

Un contexte régional contrasté

Cette dynamique intervient dans un climat politique et commercial tendu en Afrique de l’Ouest. Depuis janvier 2025, les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) – Mali, Burkina Faso, Niger – ont quitté la CEDEAO, entraînant des fermetures de frontières et des perturbations des échanges. Or, le coton est une filière intégrée régionalement : le Burkina et le Mali exportent via les ports ivoirien et béninois. Le partenariat FIFA-OMC pourrait agir comme un levier de coopération, en offrant un cadre multilatéral qui dépasse les tensions géopolitiques. Mais il soulève aussi des questions sur la redistribution des gains entre pays producteurs et transformateurs.

Les défis de la valeur ajoutée

Au-delà du textile sportif, la filière cotonnière ouest-africaine doit relever le défi de la compétitivité. Les coûts de production locaux restent élevés, et la concurrence asiatique est rude. « L’essentiel de la valeur ajoutée est généré lors de la transformation et de la commercialisation », rappelle Kagnassi. Pour que l’initiative ne reste pas symbolique, il faudra développer des clusters industriels performants, attirer des investisseurs privés et garantir un approvisionnement stable en coton de qualité. L’enjeu est aussi social : créer des emplois qualifiés, notamment pour les jeunes et les femmes, qui constituent la majorité de la main-d’œuvre agricole.

Un modèle pour d’autres filières ?

Le « Partenariat pour le coton » est observé de près par d’autres secteurs stratégiques, comme le cacao ou l’anacarde. La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, cherche elle aussi à transformer localement une part croissante de sa récolte. La réussite de l’initiative cotonnière pourrait donner un élan à ces ambitions. À l’inverse, un échec renforcerait le scepticisme sur la capacité de l’Afrique de l’Ouest à sortir du piège de la matière première.

La Coupe du monde 2026 est une occasion unique de démontrer que l’industrialisation du coton ouest-africain n’est pas une utopie. Mais le chemin est semé d’embûches : concurrence internationale, instabilité régionale, besoins en capitaux. Au-delà du stade, c’est toute la question de la souveraineté économique qui se joue. L’Afrique de l’Ouest saura-t-elle transformer ce coup de projecteur en véritable industrie ?