Après deux saisons consécutives de baisse, la filière cotonnière ivoirienne affiche un objectif de production de 400 000 tonnes pour la campagne 2026/27. Cet objectif, s’il se réalise, constituerait la troisième meilleure performance depuis 2020/21 et permettrait de réduire l’écart avec les leaders régionaux que sont le Bénin, le Mali et le Burkina Faso. L’annonce intervient dans un contexte de recul du nombre de producteurs et de concurrence accrue d’autres cultures, mais aussi de soutien public sans précédent.
Coton ivoirien : l'objectif 400 000 tonnes face à une filière fragilisée
Après deux campagnes en baisse, l'APROCOT-CI vise un rebond pour 2026/27. Mais le nombre de producteurs s'érode et la concurrence de l'anacarde s'intensifie.
Production de coton-graine (tonnes)
* Objectif annoncé par l'APROCOT-CI
Les 3 défis du rebond
Érosion du nombre de planteurs
Les producteurs se tournent vers l'anacarde et le soja, plus rémunérateurs.
Aléas climatiques
Pluies insuffisantes ayant compromis la campagne 2025/26 malgré des subventions records.
Hausse des coûts des intrants
Liée aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient, elle pèse sur les marges.
« 400 000 tonnes de coton-graine pour la saison 2026/27 »
— Brou Kouakou, directeur exécutif de l'APROCOT-CI
Un objectif qui, s'il est atteint, constituerait la 3e meilleure performance depuis 2020/21 et réduirait l'écart avec le Bénin, le Mali et le Burkina Faso.
Contexte macroéconomique ivoirien
Inflation
3,5 %
Selon la Banque mondiale
Dette publique
56,3 %
du PIB, selon le FMI
Solde courant
-4,5 %
du PIB, selon la Banque mondiale
Exportations
22,7 Mrd USD
Selon la Banque mondiale
Le 24 juin 2026, Brou Kouakou, directeur exécutif de l’Association Professionnelle des Sociétés Cotonnières de Côte d’Ivoire (APROCOT-CI), a fixé un cap : 400 000 tonnes de coton-graine pour la saison 2026/27. Ce chiffre contraste avec le bilan décevant de l’exercice précédent, qui n’a atteint que 310 398 tonnes, soit le deuxième plus faible niveau depuis cinq ans. La campagne 2025/26, pourtant bien engagée avec des subventions gouvernementales records, a été compromise par des pluies insuffisantes et une hausse des coûts des intrants, elle-même liée aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient.
Un recul structurel masqué par des ambitions
La filière coton ivoirienne traverse une phase de fragilisation depuis 2024/25, où la production avait déjà chuté d’environ 10 %. Plusieurs facteurs expliquent ce déclin : une érosion du nombre de planteurs, attirés par des cultures plus rémunératrices comme l’anacarde ou le soja, et une dégradation des conditions climatiques dans les régions du Centre et du Nord, principales zones de production. Malgré une enveloppe de subventions de 25,3 milliards FCFA – soit le double du budget précédent – incluant une bonification de 44 FCFA par kilogramme et une aide de 18 000 FCFA par hectare, les rendements n’ont pas suivi. Le prix d’achat garanti au producteur, maintenu à 310 FCFA/kg, n’a pas suffi à enrayer la désaffection.
La concurrence régionale comme aiguillon
L’objectif de 400 000 tonnes s’inscrit dans une dynamique de rattrapage. Le Bénin, le Mali et le Burkina Faso ont consolidé leur avance ces dernières années, portés par des politiques agricoles stables et des conditions climatiques plus favorables. La Côte d’Ivoire, quatrième producteur ouest-africain, entend regagner des parts de marché dans un contexte où la demande mondiale de coton reste soutenue, tirée par les industries textile et agroalimentaire. Toutefois, l’ambition affichée pour 2026/27 est tempérée par l’incertitude : le pays espère atteindre 600 000 tonnes d’ici 2030, mais les défis structurels restent entiers.
Subventions record, résultats mitigés
Le gouvernement ivoirien a misé sur un soutien massif pour relancer la filière. Le 31 juillet 2025, le ministre de l’Agriculture de l’époque, Kobenan Kouassi Adjoumani, avait annoncé un plan d’aide doublé par rapport à la campagne précédente. Si cette mesure a permis de maintenir un prix d’achat compétitif, elle n’a pas compensé la hausse des engrais et des pesticides, conséquence des perturbations logistiques liées aux conflits internationaux. Par ailleurs, les aléas climatiques – pluies irrégulières lors des semis – ont réduit les surfaces effectivement cultivées et les rendements.
Le défi de la diversification agricole
Le recul du coton s’explique aussi par l’essor de cultures alternatives. La noix de cajou et le soja, moins exigeants en intrants et aux cours plus stables, attirent de plus en plus de producteurs. Les régions du Centre et du Nord, historiquement dédiées au coton, voient leurs terres se diversifier. Cette dynamique pose la question de la compétitivité du coton ivoirien face à d’autres spéculations, alors que les coûts de production augmentent et que les marges se compriment.
L’objectif de 400 000 tonnes pour 2026/27 est donc un test pour la capacité de la filière à inverser la tendance. Il repose sur une hypothèse de retour à des conditions climatiques normales et sur l’efficacité des subventions. Mais au-delà des chiffres, c’est la pérennité d’une culture d’exportation majeure qui est en jeu, dans un environnement régional de plus en plus concurrentiel.
La relance du coton ivoirien ne se jouera pas seulement sur les subventions ou les objectifs de production. Elle dépendra de la capacité du secteur à s’adapter aux mutations agricoles de l’Afrique de l’Ouest, où la compétition entre cultures d’exportation et vivrières s’intensifie. La campagne 2026/27 sera un indicateur précieux pour jauger la résilience d’une filière qui a fait la richesse des savanes ivoiriennes.