Le 25 juin 2026, le gouvernement burkinabè a fixé un objectif de production de 534 250 tonnes de coton graine pour la saison 2026-2027, un record historique. Pour y parvenir, les autorités ont relevé les prix planchers et maintenu les subventions aux engrais, tout en affichant une volonté de développer la filière biologique. Cet engagement intervient après une chute de 26 % de la production en 2024-2025, qui avait agi comme un électrochoc pour l'exécutif. L'ambition retrouvée reflète les efforts de relance dans un contexte sécuritaire toujours tendu et de concurrence régionale accrue.

Infographie — Coton

Le conseil des ministres du 25 juin 2026 a entériné un objectif de 534 250 tonnes de coton graine pour la campagne 2026-2027, dont 532 000 tonnes de coton conventionnel et 2 250 tonnes de coton biologique. Ce chiffre dépasse de loin les niveaux récents : la saison 2025-2026 s'est achevée à 314 293 tonnes, en hausse de 6,7 % par rapport à l'année précédente, mais encore loin du pic de 2023-2024 (383 144 tonnes) ou des ambitions affichées pour 2024-2025 (595 000 tonnes). L'écart entre l'ambition et la réalité souligne la fragilité structurelle de la filière, soumise aux aléas climatiques, sécuritaires et commerciaux.

Pour soutenir cette relance, le gouvernement a fixé des prix planchers minimums : 310 FCFA/kg pour le coton conventionnel de première qualité, 285 FCFA/kg pour la deuxième qualité, et 375 FCFA/kg pour le coton biologique. Ces tarifs, en hausse par rapport aux campagnes précédentes, visent à sécuriser le revenu des producteurs et à encourager l'augmentation des surfaces emblavées, passées de 346 778 hectares en 2023-2024 à 391 407 hectares en 2025-2026. Par ailleurs, l'État maintient la subvention aux intrants : les sacs de 50 kg d'engrais NPK-SB et d'urée seront cédés à crédit à 17 500 FCFA l'unité, grâce à une prise en charge par les sociétés cotonnières. Les volumes annoncés – 110 085 tonnes de NPK-SB et 38 013 tonnes d'urée – sont jugés suffisants pour lancer la campagne dans des conditions favorables.

Cette politique interventionniste n'est pas nouvelle. Dès la saison 2024-2025, les autorités avaient projeté une production de 595 000 tonnes, avant que la réalité ne les rattrape avec une récolte de seulement 286 623 tonnes, soit une chute de 26 % par rapport à 2023-2024. Ce revers a servi de signal d'alarme, poussant l'exécutif à renforcer les mécanismes de soutien. L'objectif record pour 2026-2027 traduit donc une volonté de reprise en main, mais aussi une prise de risque : la dépendance aux subventions budgétaires et aux cours mondiaux reste élevée.

Le contexte sécuritaire, bien que non mentionné dans la communication officielle, pèse lourdement sur les zones de production, notamment dans les régions du Centre-Nord et de l'Est, où les groupes armés perturbent l'accès aux champs et aux marchés. Les opérations de désenclavement et de sécurisation des axes routiers sont un préalable à la collecte des récoltes. L'augmentation des surfaces cultivées suppose également que les producteurs aient confiance dans la capacité de l'État à garantir leur sécurité et l'écoulement de leur production.

Par ailleurs, l'émergence d'un segment biologique, bien que marginal (2 250 tonnes), témoigne d'une tentative de diversification et de montée en gamme. Le coton biologique, vendu à un prix plancher de 375 FCFA/kg, offre une prime incitative aux producteurs qui s'engagent dans des pratiques plus durables. Cette orientation s'inscrit dans une tendance régionale : le Mali et le Bénin explorent aussi des filières biologiques, tandis que les exigences des donneurs d'ordre européens en matière de traçabilité et de durabilité se renforcent.

Enfin, la relance de la filière coton au Burkina Faso intervient dans un contexte de concurrence régionale accrue. Le Bénin, premier producteur ouest-africain de coton, a annoncé des réformes similaires pour maintenir sa position, tandis que le Mali, en proie à des difficultés sécuritaires, peine à retrouver son rang. Le pari burkinabè est donc aussi géostratégique : conserver des parts de marché dans un environnement où les prix mondiaux restent volatils et où les coûts de production augmentent.

L'objectif de 534 250 tonnes pour 2026-2027 est un signal fort de la détermination du gouvernement burkinabè à redresser une filière cotonnière sinistrée. Mais derrière les chiffres, les fragilités demeurent : insécurité, dépendance aux subventions, volatilité des cours. Le pari d'une production record ne pourra être gagné sans une amélioration tangible des conditions de sécurité et une meilleure intégration des producteurs dans les chaînes de valeur. À l'échelle ouest-africaine, ce défi interroge la capacité des États à concilier souveraineté agricole, soutien aux filières stratégiques et résilience face aux chocs exogènes.