L'Organisation Interprofessionnelle Agricole (OIA) Anacarde a officiellement lancé, le 18 juillet à Djédri-Ville, une campagne nationale de réhabilitation des vergers d'anacardiers. Face à des plantations vieillissantes ou dégradées, cette initiative vise à restaurer la productivité et à soutenir les ambitions de transformation locale. Elle s'inscrit dans un mouvement régional observable depuis le printemps 2026, où plusieurs pays de la zone investissent dans l'amélioration des filières agricoles stratégiques.

Infographie — Anacarde

Une campagne face au vieillissement des vergers

Le vieillissement des plantations d'anacardiers constitue une menace silencieuse pour la filière ivoirienne, premier exportateur mondial de noix de cajou brutes. Selon l'OIA Anacarde, de nombreux vergers plantés dans les années 1990-2000 montrent des signes de dégénérescence : baisse des rendements, sensibilité accrue aux maladies et attaques d'insectes ravageurs. La campagne lancée à Djédri-Ville prévoit des formations pour les producteurs relais sur les techniques de diagnostic, de traitement et de réhabilitation. Une phase pratique dans un verger de démonstration a permis d'appliquer les connaissances acquises, en présence des autorités administratives et techniques.

Un enjeu de productivité à plusieurs niveaux

Le président du Conseil d'administration de l'OIA Anacarde, Soro Beh, a souligné que la réhabilitation est un levier essentiel pour accroître les performances nationales. En effet, la productivité moyenne des plantations ivoiriennes stagne autour de 500 kg par hectare, alors que le potentiel génétique permettrait d'atteindre le double. Les maladies fongiques comme l'anthracnose et les insectes foreurs réduisent considérablement les récoltes. La campagne vise à former des producteurs relais qui diffuseront les bonnes pratiques dans leurs communautés.

Transformation locale : un impératif stratégique

Cette initiative ne peut être dissociée des objectifs de transformation locale affichés par la Côte d'Ivoire. Le pays ambitionne de porter à 50 % la part de noix transformées sur son territoire d'ici 2030, contre environ 20 % actuellement. Or, des vergers productifs sont indispensables pour sécuriser l'approvisionnement des unités de transformation. En améliorant la santé des arbres et en stabilisant les rendements, la réhabilitation crée les conditions d'un développement industriel durable. Elle réduit également la dépendance aux marchés volatils de la matière première brute.

L'évolution temporelle : un mouvement régional

Le mois de mai 2026 a vu plusieurs annonces similaires dans la sous-région. Au Cameroun, une unité de traitement du cacao financée par la coopération japonaise a été mise en service près d'Ebolowa. Au Togo, un centre de traitement post-récolte du cacao d'excellence a été inauguré à Kessibo-Abrewankor, tandis que le pays affichait une croissance de 6,3 % portée par les filières agricoles. Ces événements, combinés à la campagne ivoirienne pour l'anacarde, témoignent d'une prise de conscience régionale : investir dans la santé des vergers et les infrastructures de transformation est devenu une priorité.

Enjeux de souveraineté et d'investissements

Au-delà de la productivité, ces démarches répondent à des enjeux de souveraineté alimentaire et économique. En réduisant les pertes post-récolte et en maîtrisant la qualité, les pays ouest-africains cherchent à capter une plus grande part de la valeur ajoutée. Pour l'anacarde, la réhabilitation des vergers s'accompagne de besoins en intrants, en financement et en conseil technique. Des partenariats public-privé, à l'image de ceux observés dans le cacao, pourraient être nécessaires pour passer à l'échelle.

La campagne de réhabilitation des vergers d'anacardiers en Côte d'Ivoire illustre un mouvement plus large de modernisation des filières agricoles ouest-africaines. Elle pose toutefois la question de la coordination entre les différents maillons – production, transformation, commercialisation – et de la capacité à mobiliser des investissements durables. Alors que la demande mondiale pour les noix de cajou transformées croît, le pari de la qualité et de la productivité pourrait redéfinir la place de l'Afrique de l'Ouest dans cette chaîne de valeur.