Le 13 mai 2026, le directeur général du Conseil du Café-Cacao, Koné Brahima Yves, s’est rendu à M’Batto pour tenter de désamorcer la colère des planteurs de cacao, dont des reçus de la campagne principale restent impayés. Cette rencontre intervient après des tensions enregistrées le 7 mai, dans un contexte où la filière fait face à une baisse brutale du prix bord champ (de 2 800 à 1 200 F CFA) et à des exigences croissantes de traçabilité. Au-delà de la crise immédiate, cet épisode met en lumière les difficultés d’un système qui peine à concilier revenus des producteurs, financement durable et compétitivité internationale.

Infographie — Cacao

Une visite pour éteindre un incendie social

Le 13 mai, le directeur général du Conseil du Café-Cacao a rencontré les acteurs de la filière à M’Batto, dans le Moronou, après que des producteurs ont manifesté leur mécontentement le 7 mai. Ehouman Eby Augustino, porte-parole des planteurs, a clairement identifié le problème : ce ne sont pas les 1 200 F CFA de la campagne intermédiaire qui posent problème, mais les reçus impayés de la campagne principale à 2 800 F CFA. Cette situation, déjà signalée par Reuters le 12 mai, révèle un décalage persistant entre les annonces officielles et la réalité sur le terrain. Le directeur général a reconnu les difficultés, promettant des solutions sans toutefois fournir de calendrier précis.

La baisse des prix : une tendance mondiale aux conséquences locales

Le passage de 2 800 à 1 200 F CFA entre les deux campagnes s’explique en partie par la détente des stocks certifiés ICE, qui a fait reculer les prix mondiaux du cacao après des mois de tensions extrêmes. Comme l’a analysé Cauris le 14 mai, cette baisse, si elle reflète un rééquilibrage du marché, met en péril les recettes d’exportation des pays ouest-africains et les revenus des producteurs. La campagne intermédiaire, censée apporter un complément de trésorerie, devient ainsi une source de tension supplémentaire.

Le défi de la traçabilité et du financement durable

La rencontre de M’Batto s’inscrit dans un contexte où la filière cacao ivoirienne doit relever des défis structurels. Les discussions récentes avec la BOAD sur les financements climatiques (11 mai) et le lancement de l’African Cocoa Financing and Investment Forum à Londres (6 mai) montrent que la durabilité et la traçabilité sont devenues des priorités pour les bailleurs. Selon l’ONG Trase, seuls 48 % des exportations ivoiriennes de cacao en 2024 étaient traçables, un chiffre alarmant à l’approche de l’entrée en vigueur du règlement européen contre la déforestation (RDUE). La carte du producteur, évoquée par Koné Brahima Yves, vise à améliorer la transparence, mais sa mise en œuvre se heurte aux réalités du terrain.

Un système à bout de souffle ?

La multiplicité des contraintes – impayés, baisse des prix, traçabilité, financement – crée un environnement où les producteurs, maillons essentiels de la chaîne, sont les premiers à trinquer. La visite du directeur général, si elle apaisé momentanément les esprits, ne résout pas les déséquilibres profonds : un prix bord champ fixé administrativement mais mal payé, des coopératives aux capacités financières limitées, et un marché mondial qui dicte ses lois. Les impayés de la campagne principale menacent la confiance des planteurs, comme le soulignait déjà l’article du 12 mai, et pourraient affecter la prochaine récolte.

Perspectives : entre réformes et réalités

Alors que la Côte d’Ivoire tente de réformer sa filière cacao pour mieux rémunérer les producteurs et répondre aux normes internationales, l’incident de M’Batto rappelle que les réformes ne valent que si elles sont appliquées. La question centrale reste : comment assurer une rémunération stable et transparente aux planteurs, tout en rendant la filière attractive pour les investisseurs et conforme aux exigences de durabilité ? L’équilibre est d’autant plus fragile que les prix mondiaux restent volatils et que les délais de la RDUE approchent. Sans une résolution rapide des impayés, le risque est grand de voir se creuser un fossé entre les ambitions affichées et la réalité du terrain.

La filière cacao ouest-africaine, premier fournisseur mondial, se trouve à un carrefour. Les tensions de M’Batto, loin d’être un simple incident local, révèlent une crise de confiance systémique. Alors que les regards se tournent vers les prochaines échéances réglementaires et financières, la capacité des institutions à garantir des paiements ponctuels et à instaurer une traçabilité effective déterminera l’avenir d’un secteur vital pour des millions de producteurs.