Des producteurs de cacao ivoiriens n'ont toujours pas été payés pour les fèves livrées lors de la récolte principale, a rapporté Reuters le 12 mai 2026. Le régulateur, le Conseil du Café-Cacao (CCC), doit se rendre à M'Batto après des heurts avec des planteurs en colère. Cette crise de trésorerie fragilise la prochaine campagne dans un contexte déjà marqué par la baisse des cours mondiaux et les difficultés de traçabilité.
⚠️ Crise de trésorerie : le cycle infernal du cacao ivoirien
Impayés aux planteurs → stocks invendus → défiance → récolte menacée
Une confiance fissurée
Les agriculteurs ivoiriens, premiers maillons de la chaîne cacaoyère, attendent toujours le paiement de leurs fèves vendues lors de la récolte principale d'octobre à mars 2026. Selon des témoignages de producteurs et de coopératives relayés par Reuters, les retards de règlement se multiplient, générant un sentiment de défiance et de découragement qui pourrait peser sur la campagne à venir. Dans la région de Daloa, une coopérative représentant plus de 300 planteurs détient encore 150 tonnes de fèves invendues.
Des stocks invendus et des tensions sociales
La situation trouve son origine dans l'écart entre les prix mondiaux et les prix garantis par le CCC. Les cours du cacao ont chuté nettement sous le prix local fixé par le régulateur (1 800 FCFA/kg pour la récolte principale), provoquant une accumulation de stocks invendus entre les mains des coopératives entre novembre et décembre 2025. Le gouvernement a lancé un programme de collecte, mais les remboursements tardent. À M'Batto, les forces de l'ordre ont dispersé des planteurs qui bloquaient les routes pour réclamer leur dû.
Une démoralisation aux conséquences durables
Albert Konan, agriculteur et gérant de coopérative, résume : « Les planteurs comptaient sur ces revenus pour l'entretien de leurs plantations. » Faute d'argent, certains producteurs négligent l'entretien des cacaoyers, ce qui affectera directement la récolte intermédiaire (avril à septembre) et la prochaine récolte principale. La défiance s'installe : les paysans ne font plus confiance à leur coopérative, ce qui pourrait les inciter à se tourner vers des acheteurs informels ou à abandonner la filière.
Un problème régional aux résonances historiques
Cette crise de paiement n'est pas un incident isolé. Elle s'inscrit dans une série de difficultés structurelles que la filière cacao ouest-africaine connaît depuis plusieurs mois. Les données de l'ONG Trase, publiées le 12 mai, indiquent que seules 48 % des exportations ivoiriennes de 2024 étaient traçables, rendant complexe l'accès aux financements durables. Par ailleurs, la détente des stocks ICE a fait reculer les prix, réduisant les marges des régulateurs. La Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) a bien discuté de financements climatiques le 11 mai, mais ces mécanismes peinent à compenser les chocs de trésorerie.
Un signal d'alarme pour la compétitivité à long terme
Si la crise reste localisée pour l'instant, comme le note un négociant européen, elle révèle une fragilité profonde du système de commercialisation. Le double fixation semestrielle des prix par le CCC, censée protéger les planteurs, devient un handicap quand les cours mondiaux chutent. L'État, contraint de racheter les invendus, accumule des arriérés de paiement. Ce cercle vicieux alimente l'instabilité et pourrait, à terme, réduire l'offre ivoirienne – un risque majeur pour un pays qui fournit près de 40 % du cacao mondial.
Au-delà du paiement différé, c'est la confiance dans l'institution régulatrice et la viabilité du modèle cacaoyer ivoirien qui est questionnée. Alors que la RDC tente de stabiliser sa propre filière face à la baisse des cours, et que les bailleurs internationaux multiplient les forums sur le financement de la durabilité, la Côte d'Ivoire doit prouver que son système peut résister à un choc de prix sans casser l'engagement des producteurs. La prochaine saison s'annonce comme un test décisif.