Depuis le début de la campagne intermédiaire en mars 2025, des milliers de producteurs de cacao en Côte d'Ivoire n'ont pas été payés pour leurs livraisons d'octobre à décembre 2025. Idriss Coulibaly, PCA de la coopérative SCOOPASAB, exhorte les sociétés coopératives à respecter le prix de 2800 FCFA/kg. Cette situation révèle les fragilités structurelles de la filière et les risques de déstabilisation de la production.

L'appel lancé par Idriss Coulibaly, administrateur et producteur à Divo, met en lumière un dysfonctionnement majeur dans la commercialisation du cacao ivoirien. Selon lui, plusieurs coopératives refusent de payer les producteurs ou leur proposent un prix dérisoire de 1200 FCFA/kg, alors que le cacao a été vendu à 2900 FCFA/kg prix usine. Cette différence creuse la défiance entre les acteurs de la base et les structures de collecte.

Le contexte de cette crise est celui d'une campagne intermédiaire tendue, où les flux de trésorerie des coopératives sont sous pression. Certaines d'entre elles, ayant vendu à des prix élevés, cherchent à maximiser leurs marges en retardant ou en réduisant les paiements aux planteurs. Or, ces derniers sont en première ligne pour assurer l'entretien des plantations et préparer la prochaine campagne. Les impayés compromettent directement leur capacité à investir dans les intrants et la main-d'œuvre.

Au-delà de l'aspect individuel, cette situation pèse sur les recettes d'exportation de la Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao. Si les producteurs se détournent de la filière ou réduisent leur production, l'offre pourrait se contracter, affectant les volumes exportés. Les cours mondiaux du cacao, déjà volatils, pourraient réagir à cette incertitude. Par ailleurs, le non-paiement encourage la fraude et le passage vers des circuits parallèles, ce qui nuit à la traçabilité et à la qualité du cacao ivoirien.

La démarche d'Idriss Coulibaly, invitant les producteurs à saisir les délégations régionales du Conseil du Café-Cacao, vise à restaurer la confiance par la voie administrative. Cependant, elle révèle aussi les limites du système de régulation : malgré l'existence d'un cadre officiel, les pratiques abusives persistent. Le Conseil du Café-Cacao, censé garantir un prix minimum aux producteurs, est ici contourné par des coopératives qui agissent en dehors des règles.

Cette crise intervient dans un contexte plus large de tensions sur le marché mondial du cacao, où les cours ont connu des hausses spectaculaires en 2024-2025 avant de se stabiliser. En Côte d'Ivoire comme au Ghana voisin, les producteurs restent vulnérables aux fluctuations des prix et aux lenteurs des paiements. La transparence et la rapidité des transactions sont des enjeux cruciaux pour la pérennité de la filière.

Ce blocage des paiements n'est pas un incident isolé : il s'inscrit dans une série de dysfonctionnements qui minent la filière cacao ouest-africaine. Alors que les cours restent attractifs, la question de la répartition de la valeur entre producteurs, coopératives et exportateurs demeure centrale. Les autorités ivoiriennes et ghanéennes, qui ont mis en place des réformes pour améliorer les revenus des planteurs, devront veiller à ce que ces mécanismes soient effectivement respectés sur le terrain. Sans cela, la compétitivité de la région à long terme pourrait être compromise.