La Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao, table sur une récolte de 2 à 2,1 millions de tonnes pour la campagne 2025/26, soit une hausse de 10,5 % après trois années de baisse. Ce rebond, permis par un meilleur accès aux engrais et des pratiques culturales améliorées, surprend les marchés qui anticipaient une récolte modeste de 1,8 million de tonnes. Pourtant, l'euphorie est tempérée par l'accumulation de stocks dans les ports et un repli des cours internationaux.
Rebond de la production, mais stocks et prix créent une nouvelle équation
Après trois années de baisse, la Côte d'Ivoire surprend les marchés avec une récolte attendue en hausse de 10,5 %. Pourtant, l'euphorie est tempérée par l'accumulation de stocks et un repli des cours.
🔍 Les 3 faits marquants
À retenir : Le rebond de la production cacaoyère intervient dans un contexte de déficit courant modéré et d'inflation maîtrisée. Les exportations totales du pays atteignent 22,7 milliards USD.
L'Association ivoirienne du café et du cacao (AICC) a officiellement relevé ses estimations pour la campagne 2025/26, les portant à 2-2,1 millions de tonnes. Après trois années de contraction liées à la sécheresse, au vieillissement des plantations et à la progression du swollen shoot (maladie virale), ce chiffre marque un retournement inattendu. En mars, négociants et analystes tablaient encore sur 1,8 million de tonnes, un écart de 10 à 15 % qui souligne l'incertitude des prévisions en temps réel.
Les causes de ce rebond sont avant tout agronomiques. Selon l'AICC, les cacaoculteurs ont bénéficié d'un accès facilité aux engrais et d'une utilisation plus efficace de ceux-ci. L'adoption de pratiques de gestion améliorées – taille, traitement phytosanitaire – a permis de regagner en rendement. Ces mesures, soutenues par l'État et des partenaires internationaux, ont inversé une tendance qui inquiétait toute la filière.
Cependant, du côté de la commercialisation, le tableau est plus nuancé. Au 11 mai 2026, les arrivages cumulés dans les ports d'Abidjan et de San Pedro dépassaient 1,7 million de tonnes, soit environ 80 % de la fourchette haute de la production. Mais une partie importante de cette marchandise reste immobilisée dans les entrepôts : les exportateurs locaux constituent délibérément des stocks, anticipant une hausse des prix. Cette stratégie spéculative contraste avec la tendance des marchés à terme, où les cours mondiaux du cacao ont légèrement baissé le 28 mai, effaçant une partie des gains récents.
Ce paradoxe – abondance physique et prudence commerciale – révèle une tension sous-jacente. D'un côté, la filière ivoirienne retrouve des capacités de production qui semblaient compromises. De l'autre, les acteurs internationaux semblent douter de la soutenabilité de cette reprise, tandis que les stocks mondiaux de cacao restent élevés, pesant sur les prix. La volatilité des cours, couplée à la décision des exportateurs de retenir leur marchandise, pourrait exacerber les fluctuations sur les prochains mois.
Si le rebond de la production ivoirienne est une bonne nouvelle pour les planteurs, il pose la question de l'équilibre global du marché du cacao. Dans un contexte où la demande mondiale reste modérée et où d'autres producteurs (Ghana, Cameroun) connaissent aussi des aléas, la stratégie de rétention des stocks par Abidjan pourrait influencer les comportements des acheteurs. Au-delà de la seule campagne 2025/26, c'est la capacité de la Côte d'Ivoire à stabiliser sa production sur le long terme face aux défis climatiques et sanitaires qui sera déterminante pour l'avenir de la filière.