Le fabricant américain Hershey a annoncé le retour de ses produits phares à des recettes à plus forte teneur en cacao, inversant une tendance de substitution amorcée lors du pic des cours fin 2024. Alors que les contrats à terme sur le cacao ont chuté de près de 70 % par rapport à leurs records, ce revirement pourrait relancer la demande mondiale et offrir un répit aux filières ivoirienne et ghanéenne. Mais les appels récents des producteurs de Côte d’Ivoire, qui réclamaient au gouvernement une meilleure prise en compte de leurs difficultés, rappellent que la stabilisation des prix n’efface pas les défis structurels.

Infographie — Cacao

L’annonce de Hershey, le 19 mai 2026, a surpris les marchés. Le groupe américain a déclaré qu’à compter de 2027, l’ensemble des produits Hershey’s et Reese’s retrouveront leur recette d’origine, abandonnant les substituts au chocolat utilisés pour limiter les coûts lorsque les fèves atteignaient des sommets historiques. Cette décision, que d’autres confiseurs comme Mondelez ou Nestlé pourraient suivre selon des experts, traduit un changement radical de stratégie : avec des prix du cacao divisés par trois en dix-huit mois, il redevient économiquement plus intéressant d’utiliser du vrai chocolat plutôt que des ingrédients de substitution.

Ce mouvement est une excellente nouvelle pour les principaux producteurs que sont la Côte d’Ivoire et le Ghana, qui assurent près de 60 % de l’offre mondiale. Après une phase de flambée des cours déclenchée par des récoltes déficitaires en 2023-2024, le marché a brutalement corrigé. L’abondance de l’offre – due à de meilleures conditions climatiques et à des surfaces plantées en hausse – a fait chuter les prix, tandis que la demande, freinée par l’inflation et l’usage de substituts, peinait à suivre. Résultat : en mai 2026, les contrats à terme sur le cacao oscillent autour de 4 000 dollars la tonne, contre plus de 12 000 dollars fin 2024.

Pour les producteurs ivoiriens, cette dégringolade a ravivé les tensions. Mi-mai, des chefs traditionnels et des planteurs de la région de la Nawa ont interpellé le gouvernement et le Conseil du Café-Cacao pour obtenir des mesures de soutien. Parallèlement, le Conseil sensibilisait les coopératives aux enjeux du règlement européen contre la déforestation (EUDR), qui imposera à partir de 2027 des exigences de traçabilité contraignantes. Dans ce contexte, l’annonce de Hershey intervient comme un signal positif, susceptible de redonner confiance aux acteurs locaux.

Un rééquilibrage attendu mais incertain

Le retour au chocolat traditionnel pourrait doper la demande de fèves, et donc soutenir les prix à moyen terme. Selon Roger Bradshaw, consultant indépendant cité par Reuters, « il est tout à fait logique de revenir au vrai chocolat compte tenu des niveaux actuels des prix ». Si d’autres fabricants emboîtent le pas de Hershey, la consommation de cacao pourrait augmenter de plusieurs centaines de milliers de tonnes, absorbant une partie des excédents. Cela bénéficierait directement aux exportateurs ouest-africains, qui voient leurs recettes s’éroder depuis le début de l’année.

Cependant, la prudence reste de mise. Le prix garanti aux planteurs ivoiriens, fixé chaque année par l’État, a été relevé en 2024 pour tenir compte du boom, mais la baisse des cours internationaux réduit les marges du fonds de stabilisation. Le Ghana, de son côté, a dû réviser à la baisse ses prévisions de recettes d’exportation. Le regain de demande suscité par les confiseurs américains ne compensera pas entièrement le manque à gagner si les prix restent bas. Par ailleurs, la mise en œuvre de l’EUDR risque de renchérir les coûts de production et d’exclure les petits planteurs les moins organisés.

Enfin, la concurrence des autres origines – notamment d’Équateur ou d’Indonésie – se renforce. Ces pays, moins contraints par les régulations européennes, gagnent des parts de marché. La Côte d’Ivoire et le Ghana doivent donc conjuguer amélioration de la productivité, respect des normes environnementales et négociation d’un prix rémunérateur. La décision de Hershey est un premier pas vers un rééquilibrage, mais elle ne résout pas les fragilités structurelles de la filière.

La volte-face de Hershey illustre la volatilité des marchés de matières premières et l’interdépendance entre décisions d’aval et conditions de production en amont. Pour les producteurs ouest-africains, ce signal de reprise de la demande est une bouffée d’oxygène, mais il ne fait que reporter la question centrale : comment assurer des revenus stables aux planteurs dans un contexte de fluctuation des cours et d’exigences réglementaires croissantes ? La réponse dépendra de la capacité des États à négocier des accords durables avec l’industrie et à investir dans une filière plus résiliente.