À un mois de la généralisation du nouveau système national de traçabilité (SNT) du café-cacao, les tournées d'information dans les régions productrices ivoiriennes affichent un bilan jugé « très positif » par les délégués du Conseil café-cacao. À Soubré comme à Sakassou, la forte mobilisation des acteurs locaux contraste avec les inquiétudes persistantes sur la délivrance des cartes de producteur. Ce déploiement, qui doit répondre aux exigences des acheteurs internationaux, s'annonce comme un test majeur pour la modernisation de la filière ouest-africaine.
Traçabilité : le test décisif des producteurs
À un mois de la généralisation du SNT, la mobilisation à Soubré et Sakassou est jugée « très positive ». Mais la délivrance des cartes de producteur reste un point d'inquiétude majeur.
Calendrier du déploiement
Tournées d'information
Soubré et Sakassou — forte mobilisation des acteurs locaux
Généralisation du SNT
Échéance : septembre 2026
Exigences des acheteurs internationaux
Transparence totale de la filière
Les 3 piliers du dispositif
Carte du producteur
Pièce maîtresse : identité sécurisée + prise en charge à 100 % dans les hôpitaux publics.
Terminal de paiement électronique (TPE)
Accès aux services bancaires et au Mobile Money pour les planteurs.
Scellés de lots
Suivi des lots de cacao et café de l'origine à la destination finale.
de prise en charge hospitalière
pour les producteurs détenteurs de la carte
Le paradoxe du déploiement
Mobilisation record
Tournées très suivies
Inquiétudes persistantes
Délivrance des cartes
La forte adhésion des producteurs contraste avec les craintes sur la distribution effective des cartes.
Zones de déploiement
Bilan jugé « très positif » par les délégués du Conseil café-cacao
— Tournées d'information à Soubré et Sakassou
En bref
Selon la Banque mondiale, la Côte d'Ivoire attire des investissements directs étrangers représentant 3,6 % de son PIB. Le pays compte 32,7 millions d'habitants, un marché intérieur significatif pour la modernisation de la filière cacao.
Un dispositif à trois outils, une ambition de transparence
Le nouveau système national de traçabilité (SNT) repose sur trois piliers : la carte du producteur, le terminal de paiement électronique (TPE) et les scellés. Présentés lors des rencontres de Soubré et de Sakassou, ces outils visent à sécuriser l'identité des planteurs, à garantir le paiement de leurs revenus et à suivre les lots de cacao et de café depuis leur origine jusqu'à leur destination finale. Pour les autorités ivoiriennes, l'enjeu est double : répondre aux exigences de transparence des partenaires extérieurs et jeter les bases d'une économie agricole rurale moderne.
La carte du producteur, présentée comme la pièce maîtresse du dispositif, doit permettre aux planteurs de bénéficier d'une prise en charge à 100 % dans les services hospitaliers du pays, un avantage social non négligeable dans des régions où l'accès aux soins reste limité. Le TPE, quant à lui, ouvre la voie aux services bancaires et au Mobile Money, une avancée significative pour l'inclusion financière des producteurs. Les scellés, enfin, doivent garantir l'intégrité du parcours des marchandises, un point crucial pour lutter contre la fraude et la contrebande qui minent la filière.
Une mobilisation régionale révélatrice des attentes et des craintes
À Soubré, dans la région de la Nawa, la déléguée régionale du Conseil café-cacao (CCC), Doumbia Siaka, a salué une « mobilisation hors norme » avec 120 à 130 participants par département, et parfois 150 dans les zones reculées. Cette affluence témoigne de l'intérêt réel des producteurs pour un système qui promet de sécuriser leurs revenus et de reconnaître officiellement leur statut. Mais elle révèle aussi une préoccupation majeure : la disponibilité des cartes. De nombreux producteurs recensés attendent encore leur précieux sésame, et d'autres ne sont pas encore enregistrés. Le délégué régional a tenté de rassurer, évoquant des mesures transitoires pour les retardataires et un accompagnement du CCC jusqu'à ce que tous les producteurs soient dotés de leurs cartes.
À Sakassou, dans le département de Yamoussoukro, le délégué régional Kouakou Yao Constant a présenté le dispositif devant les populations, sous la présidence du préfet Bonaventure Tiégbé. La rencontre s'inscrit dans la phase de généralisation du SNT, qui doit être déployé à partir du 1er septembre 2026. Ce calendrier serré soulève la question de la préparation effective des régions, notamment en termes de logistique et de formation des acteurs. La mobilisation observée lors de ces tournées est un signal positif, mais elle ne doit pas masquer les défis opérationnels qui restent à relever.
Un test pour la coopération régionale et la compétitivité ouest-africaine
Cette transition vers la digitalisation de la commercialisation intérieure du café-cacao intervient dans un contexte où la Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao, doit faire face à une concurrence accrue et à des exigences réglementaires de plus en plus strictes de la part des acheteurs européens et américains. Le SNT vise à garantir la traçabilité des fèves, un argument de vente décisif sur un marché mondial de plus en plus sensible aux questions éthiques et environnementales. La réussite de ce déploiement est donc cruciale pour préserver la compétitivité de la filière ivoirienne et, par extension, celle de toute l'Afrique de l'Ouest.
L'enjeu dépasse les frontières ivoiriennes. Le Ghana, deuxième producteur mondial, observe de près cette expérience, tout comme d'autres pays de la région qui cherchent à moderniser leurs propres filières agricoles. La coopération régionale pourrait être renforcée si le SNT ivoirien s'avère concluant, ouvrant la voie à une harmonisation des systèmes de traçabilité au sein de la CEDEAO. À l'heure où les cours mondiaux du cacao restent volatils, la capacité des producteurs ouest-africains à garantir la qualité et la traçabilité de leur offre constitue un atout stratégique majeur.
Un déploiement à haut risque
Malgré l'enthousiasme affiché par les autorités, le déploiement du SNT comporte des risques. La délivrance des cartes de producteur est un processus complexe qui nécessite un recensement exhaustif des planteurs et de leurs vergers, une tâche herculéenne dans des zones parfois difficiles d'accès. Les retards dans la distribution des cartes pourraient créer un sentiment d'exclusion et de frustration, compromettant l'adhésion des producteurs au nouveau système. Le CCC devra donc faire preuve de pragmatisme et de flexibilité, comme il l'a laissé entendre en évoquant des mesures transitoires.
La sécurisation du paiement via les TPE dépend également de la couverture réseau et de l'infrastructure bancaire, encore inégale dans certaines régions. Enfin, la formation des acteurs locaux, des coopératives aux acheteurs, est essentielle pour assurer une adoption effective des nouveaux outils. Les tournées d'information et de sensibilisation sont un premier pas, mais elles devront être suivies d'un accompagnement continu sur le terrain.
Alors que la généralisation du SNT approche, la Côte d'Ivoire se trouve à un carrefour décisif pour l'avenir de sa filière café-cacao. La mobilisation des producteurs, bien réelle, devra se transformer en adoption concrète des outils numériques. Cette expérience ivoirienne, suivie de près par ses voisins, pourrait redéfinir les standards de traçabilité en Afrique de l'Ouest et au-delà, dans un contexte où les cours du cacao et les attentes des consommateurs mondiaux imposent une transparence accrue. L'économie ivoirienne, dont la croissance repose en grande partie sur ce secteur, joue ici une partie décisive pour son avenir et celui de toute la région.